LES CARACTERES OU LES MOEURS DE CE SIECLE.

Ied01, ed03, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed09JE rends au Ped01, ed09public ce qu’il m’a presed01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed09ê;ed04-09: j’ayed09i emprunté de luyed09i la matiere de ceed01ét oed01, ed09Ouvrage ,ed04-09 ; il est juste que l’ayant achevé avec toute l’attention pour la verité dont je suis capable, & qu’il merite de moy, je luyed09i en fasse la restitution : il peut regarder avec loisir ce portrait que j’ay fait de luyed09i d’aprés nature ;ed04-09,|154| & s’il se connoised01, ed04, ed08, ed09ît quelques-uns des deed01, ed06, ed07, ed08, ed09éfauts que jed04[supprimé]e touche,ed04-05[supprimé] s’en corrigered04-09  : . C’eſt l’unique fin que l’on doit ſe propoſer en écrivant, & le ſuccés auſſi que l ’on doit moins ſe promettre ; mais comme les hommes ne ſe dégoûtent point du vice, il ne faut pas auſſi ſe laſſer de leur reprocher ; ils ſeroient peut- eſ ê tre pires , s’ils venoient à manquer de cenſeurs ou de critiques ; c’eſt ce qui fait que l’on prêche & que l’on écrit : l’Orateur & l’Ecrivain ne ſçauroient vaincre la joye qu’ils ont d’être applaudis ; mais ils devroient rougir d’eux-mêmes s’ils n’avoient cherché par leurs diſcours ou par leurs écrits que des éloges ; outre que l’approbation la plus ſeûre & la moins équivoque eſt le changement de mœurs & la reformation de ceux qui les liſent ou qui les écoutent : on ne doit parler, on ne doit écrire que pour l’inſtruction ; & s’il arrive que l’on plaiſe, il ne faut pas neanmoins s’en repentir, ſi cela ſert à inſinuer & à faire recevoir les veritez qui doivent inſtruire : quand donc il s’eſt gliſſé dans un livre quelques penſées ou quelques reflexions qui n’ont n i y le feu, n i y le tour, n i y la vivacité des autres, bien qu’elles ſemblent y eſ ê tre admiſes pour la varieté vivacité , pour délaſſer l’eſprit, pour le rendre plus preſent & plus attentif à ce qui va ſuivre, à moins que d’ailleurs elles ne ſoient ſenſibles ,  ; familieres, inſtructives, accommodées au ſimple peuple qu’il n’eſt pas permis de negliger, le Lecteur peut les condamner, & l’Auteur les doit proſcrire ; voilà la regle : il y en a une autre, & que j’ay interêt que l’on veüille ſuivre ; qui eſt de ne pas perdre mon titre de v eu û ë, & de penſer toûjours, & dans toute la lecture de cet ouvrage, que ce ſont les caracteres ou les mœurs du de ce de ce ſiecle ſiecle que je décris : car bien que je les tire ſouvent de la Cour de France, & des hommes de ma nation, on ne peut pas neanmoins les reſtraindre à une ſeule Cour , ni les renfermer en un ſeul païs, ſans que mon livre ne perde beaucoup de ſon étenduë & de ſon utilité, ne s’écarte du plan que je me ſuis fait d’y peindre les hommes en general, comme des raiſons qui entrent dans l’ordre des c C hapitres, & dans une certaine ſuite inſenſible des reflexions qui les compoſent. a A prés cette ſeule précaution ſi neceſſaire , & dont on penetre aſſez les conſequences, je crois pouvoir proteſter contre tout chagrin, toute plainte, toute maligne interpretation, toute fauſſe application & toute cenſure ; contre les froids plaiſans , & les Lecteurs mal intentionnez  :  ; il faut ſçavoir lire, & enfuite ſe taire, ou pouvoir rapporter ce qu’ on ō a lû, & n i y plus n i y moins que ce qu’on a lû ; & ſi on le peut quelquefois, ce n’eſt pas aſſez, il faut encore le vouloir faire ; ſans ces conditions qu’un A a uteur exact & ſcrupuleux eſt en droit d’exiger de certains eſprits pour l’unique recompenſe de ſon travail, je doute qu’il doive continuer d’écrire, s’il préfere du moins ſa propre ſatisfaction à l’utilité de pluſieurs & au zele de la verité. J’avouë d’ailleurs que j’ay balancé quelque temps dés l’année derniere M.DC.LXXXX. & avant la cinquiéme édition, entre l’impatience de donner à mon livre toute ſa plus de rondeur & toute ſa plus de une meilleure forme par ces de nouveaux & derniers caracteres, & la crainte de faire dire à quelques-uns, ne finiront-ils point ces Caracteres, & ne verrons-nous jamais autre choſe de cet é E crivain ? Des gens ſages me diſoient d’une part, la matiere eſt ſolide, utile, agreable, inépuiſable, vivez long-temps, & traitez-la ſans interruption pendant que vous vivrez ; que pourriez-vous faire de mieux ? ; il n’y a point d’année que les folies des hommes ne puiſſent vous fournir un volume : ; d’autres avec beaucoup de raiſon m’ont fait me faiſoient redouter les caprices de la multitude & la legereté du public , de qui j’a i y neanmoins de ſi grands ſujets d’ eſ ê tre content, & nont pas manqué ne manquoient pas de me ſuggerer que perſonne preſque depuis trente années ne liſant plus que pour lire, il fa ll l oit aux hommes pour les amuſer, de nouveaux chapitres & un nouveau titre : que cette indolence avoit rempli les boutiques & peuplé le monde depuis tout ce tem p s de livres froids & ennuyeux, d’un mauvais ſt i y le & de nulle reſſource, ſans regles & ſans la moindre juſteſſe, contraires aux mœurs & aux bienſeances, écrits avec précipitation, & lûs de m eſ ê me, ſeulement par leur nouveauté ; & que ſi je ne ſ ç avois qu’augmenter un livre raiſonnable, le mieux que je pouvois faire, eſ é toit de me repoſer : je prends pris alors quelque choſe de ces deux avis ſi oppoſez, & je garde garday un temperament qui les rapproche rapprochoit  ; je ne feins feignis point d’ajoûter icy quelques nouvelles remarques à celles qui avoient déja groſſi du double la premiere édition de mon ouvrage : mais afin que le public ne ſoit fût point obligé de parcourir ce qui eſt étoit ancien pour paſſer à ce qu’il y a avoit de nouveau, & qu’il trouve trouvât ſous ſes yeux ce qu’il a avoit ſeulement envie de lire, j ’ay e pris ſoin de lu y i d e é ſigner cette ſeconde augmentation par une marque * particuliere & telle qu’elle ſe voit par apoſtille. J’ay  : je cr û us auſſi qu’il ne ſeroit pas inutile de lu y i diſtinguer la premiere augmentation par une autre marque plus ſimple*, qui ſervît à lu y i montrer le progrés de mes Caracteres, & à aider ſon choix dans la lecture qu’il en voudroit faire : & comme il pourroit pouvoit craindre que ce progrés n’all aſ â t à l’infini, j’ ajoúte ajoûtois à toutes ces exactitudes une promeſſe ſincere de ne plus rien hazarder en ce genre . Que ſi quelqu’un m’accuſe d’avoir manqué à ma parole, en inſerant dans cette une ſixiéme édition un tres- petit les trois éditions qui ont ſuivi un aſſez grand nombre de nouvelles remarques , que j’avouë ingenuëment n’avoir pas eu la force de ſupprimer  ; il verra du moins qu’en les confondant avec les anciennes par la ſuppreſſion entiere de ces differences, qui ſe vo i y ent par apoſtille, j’ay moins penſé à lu y i faire lire rien de nouveau, qu’à laiſſer peut-être un ouvrage de mœurs plus complet, plus fini & plus regulier à la poſterité . Ce ne sont pointed04-09 au reſte des maximes que j’ayeed01[supprimé] voulu écrire ;ed04: elles sont comme des loix dans la med01Morale, & j’avouë que je n’ay nyed04-05i assez d’autorité,ed04-09[supprimé] nyed04-05i assez de genie pour faire le Legislateur ;ed04-09: jed04-05Je sçed09[supprimé]ayed09i mesed01, ed08, ed09ême que j’aurois peché coned09ōtre l’usage des maximes, qui veut qu’à la maniere des Oed04-09oracles elles soient courtes & concises ; quelques-unes de ces remarques le sont, quelques autres sont plus étenduës ;ed04-09: l’ed09[supprimé]on pense les choses d’une maniere differente, & on les exprimeed04-09explique par un tour aussi tout different,ed04-09 ; par une deed01éfinition,ed04-09[supprimé] par une sentence, par un raisonnement, par une metaphore ou quelque autre figure, par uned08-09e paralelle, par une simple comparaison, ed05-09par un fait tout entier, par uned05-09 ſeul trait, par une description, par une peinture ; de là procede la lon|155|gueur ou la briéed01eveté de mes remarquesed06-09reflexions .ed04-09 : Ced04-09ceux d’ailleursed05-09 enfin qui font des maximes veulent esed01, ed08, ed09êtreed02[supprimé] crûs ;ed06-09: je consens au contraire que l’on dise de moy que je n’ay pas quelquefois bien remarqué,ed09 ? pourvû que l’on remarque mieux.

Des Ouvrages de l'Esprit

TOut est dit, & l’on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu’il y a des hommes, & qui pensent. Sur ce qui concerne les mœurs le plus beau & le meilleur est enlevé ; l’on ne fait que glaner aprés les Aed04-08anciens & les habiles d’entre les Med04-08modernes.

❡ Il faut chercher seulement à penser & à parler juste, sans vouloir amener les autres à nosed01, ed04, ed06, ed07, ed08ôtre goûed02-03uſt & à nos sentimens ; c’est une trop grande entreprise.ed04,

❡ C’est un métier que de faire un livre,ed03-08[supprimé] comme de faire une pendule ; Ied01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08il faut plus que de l’esprit pour esed01, ed04, ed06, ed07, ed08être Aed04-08auteur. Un Magistrat alloit par son merite à la premiere dignité, il esed01, ed06, ed07, ed08éed01êtoit homme délié,ed03-08[supprimé] & pratic dans les affai|159|res ,ed03-08 ; il a fait imprimer un oed01Ouvrage moral,ed03-08[supprimé] qui est rare par le ridicule.

❡ Il n’est pas si aised01sé de se faire un nom par un ouvrage parfait, que d’en faire valoir un mediocre par le nom qu’on s’est déja acquis.

❡ Un ouvrage sed01Satied06-08yrique ou qui aed03-08contient des faits, qui est donné en fed07üeilles sous le manteau aux conditions d’esed01, ed06, ed07, ed08être rendued01s de mêed03-06eſme, s’il est mediocre, passe pour merveilleux ; l’impression est l’écüed04ueil.

❡ Si l’on osed01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08ôte de beaucoup d’ouvrages de med04-08Morale l’Avertissement au Lecteur, l’Epised01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08îed01itre ded01, ed03, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08Dedicatoire, la Preface, la Table, les Approbations, il reste à peine assez de pages pour meed08ériter le nom de led01Livre.

❡ Quel supplice que celuy d’entendre ed04-08declamer pompeuſement un froid discours, ou prononcer de medied01íocres vers avec toute l’emphase d’un mauvais Poëte  ?ed01.ed04-08 !

❡ Il y a de certaines choses dont la mediocrité est insupportable, la Poësie, la Musique, la Peinture, le Discours public.

❡ L’on n’a gueres veued01, ed08û jusques à present un chef ed01, ed03, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08-d’œuvre d’esprit qui soit l’oed01Ouvrage de plusieurs ; ed04-08 : Homereed01omere a fait l’Iliade, Virgileed01irgile l ed01-08Eneied01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08ïde, Titeed01ite-Liveed01ive ses Decades, & l’Orateur Romain ses Oraisons.

❡ Il y a dans l’art un point de perfection,ed04-08[supprimé] comme de bonté ou de maturité dans la nature ;ed07-08, celuy qui le sent, ed04-08[supprimé]& qui l’aime a le goused01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08ût parfait ; celuy qui ne le sent pas, & qui aime en deçàed02a ou au delà, a le goused01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08ût déed01efectueux. Il y a donc un bon & un mauvais goused01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08ût, & l’on dispute des goûts avec fondement.

❡ Il y a beaucoup plus de vivacité que de goused01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08ût parmyed05-08i les hommes ; ou ed05-08, pour mieux dire, il y a peu d’hommes dont l’esprit soit accompagné d’un goused01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08ût seued04ûr , ed04-08[supprimé]& d’une critique judicieuse.

❡ La vie des Heros a enrichi l’hed04-08Histoire, & l’hed04-08Histoire a embelli les actions des Heros : ainsi je ne sçay qui sont plus redevables, ou ceux qui ont éed01êcrit l’hed04-08Histoire ed04-08, à ceux qui leur en ont fourni une si noble matiere, ed04-08 ; ou ces grands Hommes à leurs Historiens.

❡ Amas d’épithetes, mauvaises loüanges ; ce sont les faits qui loüent, & la maniere de les raconter.

❡ Tout l’esprit d’un Auteur consiste à bien définir & à bien peindre. Moyed04-08ïse, Homere, Platon, Virgile, Horace ne sont au dessus des autres Ecrivains que par leurs expressions & leurs images : ed01. Ied04-08il faut exprimer le vray pour écrire naturellement, fortement, délicatemented08,

Quand mesed01ême on ne le considere que comme un homme qui a écrit.

❡ Combien de siecles se sont écoulez avant que les hommes dans les sed01Sciences & dans les aed01Arts ayent pû revenir au goût des Anciens, & reprendre enfin le simple & le naturel.

❡ Entre toutes les differentes expressions qui peuvent rendre une seule de nos pensées, il n’y en a qu’une qui soit la bonne ; on ne la rencontre pas toûjours en parlant, ou en écrivant ; ed04-08, il est vray neanmoins qu’elle existe, que tout ce qui ne l’est point est foible, & ne satisfait point un homme d’esprit qui veut se faire entendre.

❡ Un bon Auteur, & qui écrit avec soin, éprouve souvent que l’expression qu’il cherchoit depuis long-temps sans la connoised01, ed02, ed03, ed06, ed07, ed08ître, & qu’il a enfin trouvée, est celle qui esed01, ed06, ed07, ed08éed01êtoit la plus simple, la plus naturelle, qui sembloit devoir se presenter d’abord & sans effort.

❡ Ceux qui écrivent par humeur, sont sujets à retoucher à leurs ouvrages ; ed04, comme elle n’est pas toûjours fixe, & qu’elle varie en eux selon les occasions, ils se refroidissent bien-tosed01ôt pour les expressions & les termes qu’ils ont le plus aimez.

❡ L’on devroit aimer à ed01 faire lire ses oed01Ouvrages à ceux qui en sçavent assez pour les corriger & les estimer.

❡ La mesed01, ed04, ed05, ed06, ed08êed07eme justesse d’esprit qui nous fait écrire de bonnes choses, nous fait apprehender qu’elles ne le soient pas assez pour meriter d’esed01, ed04, ed06, ed07, ed08être leuës.

❡ Un esprit mediocre croit écrire divinement ; un bon esprit croit écrire raisonnablement.

❡ L’on m’a engagéed01ê, dit Ariste, à lire mes oed01Ouvrages à Zelotesed05-08Zoile, je l’ay fait ; ed01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08,ils l’ont saisi d’abord, & avant qu’il ait eu le loisir de les trouver mauvais ; ed05-08, il les a loüez modestement en ma presence,ed01 ; & il ne les a pas loüez depuis devant personneed02-04,ed05-08 : je l’excuse, ed04-08[supprimé]& n’en demande pas davantage à un Aed06-08authed01, ed03, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08[supprimé]eur  ; ed05-08, je le plainsed01t mesed01, ed06, ed07, ed08ême d’avoir écouté de belles choses qu’il n’a point faites.

❡ Ceux qui par leur condition se trouvent exempts de la jalousie d’Aed06-08auted01heur, ont ou des passions, ou des besoins qui les distraied01yent , ed04-08[supprimé]& les rendent froids sur les conceptions d’autruy : personne presque par la dispositon de son esprit, de son cœur, & de sa fortune n’est en état de se livrer au plaisir que donne la perfection d’un oed01Ouvrage.

❡ Le plaisir de la critique nous ôed05-07oſte celuy d’esed01, ed04, ed06, ed07, ed08être touchez vivemented05-08vivement touchez de tres-ed03[supprimé]belles choses.

❡ Bien des gens vont jusques à sentir le merite d’un manuscrit que l’oned03-08qu’on leur lit, qui ne peuvent se declarer en sa faveur, jusques à ce qu’ils ayent veued08û le cours qu’il aura dans le monde par l’impression, ou quel sera son sort parmyed04-08i les habiles : ils ne hazed01ſardent point leur suffrages, & ils veulent esed01, ed08être portez par la foule & entraînez par la multitude  ; ed04[supprimé]ils disent alors qu’ils oned04nt les premiers approuvé ceed01ét oed01Ouvrage, & que le public est de leur avis.

❡ Le Eed01, ed02, ed03, ed04, ed05, ed08Hed06-07M** G** est immediatement au dessous dued01e rien ; il a bien d’autres livresed01-08 O o uvrages qui luy ressemblent :ed08; il y a autant d’esprited01-08invention à s’enrichir par un mauvaised01-08ſot livre, qu’il y a de soted01, ed02, ed03, ed08ttise à l’acheter ; c’est ignorer le goused01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08ût du ped01Peuple, que de ne pas hased01-08zarder quelquefois de grandes fadaises.

❡ L’on voit bien que l’Opera est l’ébauche d’un grand spectacle ; il en donne l’idée.

Je ne sçay pas comment l’Opera avec une Med04-08musique si parfaite ed04, & une dépense toute Royale a pû réüssir à m’ennuyer.

Il y a des endroits dans l’Opera qui laissent ened03en laiſſent desirer d’autres, il échape quelquefois de souhaiter la fin de tout le spectacle ; c’est faute d’actioned01-08de theatre, de theatreed01-08d’action ,ed05-08[supprimé] & de choses qui interessent.

❡ Il semble que le Red07-08roman & la Ced07-08comedie pourroient esed01, ed06, ed07, ed08être aussi utiles qu’ils sont nuisibles ;ed06: l’on y voit de si grands exemples de constance, de vertu, de tendresse & de déed01-05esed04-05s-intered03rressement ,ed01 ; de si beaux & de si parfaits ced01Caracteres  ;ed06-08, que quand une jeune personne jette de ed04, ed07, ed08-là sa veued01, ed04, ed08ûë sur tout ce qui l’entoure, ne trouvant que des sujets indignes & fort au dessous de ce qu’elle vient d ed01-08admirer, je m’étonne qu’elle soit capable pour eux de la moindre foiblesse.

Corneille ne peut esed01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08être égalé dans les endroits où il excelle, il a pour lors un caractere original & inimitable ; mais mais ed01, ed02, ed03, ed04, ed06, ed07, ed08[supprimé]il est inégal, ed03, ed04, ed06, ed07, ed08 ; ses premieres Ced04-08comedies sont seed04éches, languissantes, & ne laissoient pas esperer qu’il dût jamais ed04-08[supprimé] ensuite aller si loin  :ed04-08 ; ed04-08 comme ſes dernieres ſont qu’on s’étonne qu’il ait pû tomber de ſi haut. Ded03-05dans quelques-unes de ses meilleures pieces il y a des fautes inexcusables contre les mœurs ; ued04Un styed04-08ile de ded04-06Declamateur qui arresed04-05êed06-08éte l’action, ed04-08[supprimé]& la fait languir ; ded04Des negligences dans les vers & dans l’expression qu’on ne peut comprendre en un si grand homme. Ce qu ed01-08il y a eued01-08û en luy de plus éminent c’est l’esprit, qu’il avoit sublime, à quied01-08auquel il a esed01, ed08éed01êté redevable de certains vers les plus heureux qu’on ait jamais lû ailleurs, de la conduite de son ted01Theatre qu’il a quelquefois hased04-08zardée & ed03-08[supprimé]contre les regles des Anciens, & enfin de ses dénoüemens ; car il ne s ed01-08est pas toûjours assujetti au goused01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08ût des Grecs, & à leur grande simplicité ; il a aimé au contraire à charger la scene d’éed05evenemens dont il est presque toûjours sorti avec succésed01, ed04, ed05ez : admirable certesed01-08ſur tout par l’extrême varieté & le peu de rapport qui se trouve pour le dessein entre un si grand nombre de Ped06-08poëmes qu’il a composez. Il semble qu’il y ait plus de ressemblance dans ceux de Racine, & qui tendent un peu plus à une mesed01éed01, ed04, ed06, ed07, ed08ême chose ;ed06-08: mais il est égal, soûed02utenu, toûjours le mesed01, ed04, ed08ême par tout ; ed04-08, soit pour le dessein & la conduite de ses pieces, qui sont justes, regulieres, prises dans le bon sens & dans la nature ; soit pour sed04-08la versification qui est correcte, riche sed03, ed04, ed06, ed07, ed08dans ses rimes, élegante, nombreuse, harmonieuse ; exact imitateur des Anciens, ed04-08[supprimé]dont il a suivi scrupuleusement la netteté & la simplicité de l’action ; à qui le grand & le merveilleux n’ont pas même manqué, ainsi qu’à Corneille nyed04-05i le touchant nyed04-05i le patetique ;ed06-08. qed06-08Quelle plus grande tendresse que celle qui est répoed06-08anduë dans tout le Cid, dans Polieucte & dans les Horaces !ed04-08? quelle grandeur ne se remarque point en Mitridate, en Porus,ed06[supprimé] & en Burrhus ?ed01! Ces passions encore favorites des Anciens, que les ted01Tragiques aimoient à exciter sur les ted01Theatres, & qu’on nomme la terreur & la pitié, ont esed01, ed06, ed07, ed08éed01êté connuës de ces deux Poëtes ;ed06-08: Oresteed08Oreſte dans l’Andromaqueed08Andromaque de Racine, & Phedreed08Phedre du mesed01, ed04, ed06, ed07, ed08ême Auteur, comme l’Oedippeed08Oedippe & les Horacesed08Horaces de Corneille en sont la preuve. Si cependant il est permis de faire entr’eux quelque comparaison, & les marquer l’un & l’autre par ce qu’ils ont eu de plus propre, & par ce qui éclate le plus ordinairement dans leurs oed01Ouvrages, peut-esed01, ed04, ed06, ed07, ed08être qu’on pourroit parler ainsi.ed04-07 : Corneille nous assujettit à ses caracteres & à ses idées ; Racine descend jusquesed04-08ſe conforme aux nosed01, ed06, ed07, ed08ôtres : celuy-là peint les hommes comme ils devroient esed01, ed06, ed07, ed08être ; celuy-cy les peint tels qu’ils sont : il y a plus dans le premier de ce que l’on admire, & de ce que l’on doit mesed01, ed06, ed07, ed08ême imiter ; il y a plus dans le second de ce que l’on reconnoised01, ed04, ed06, ed07, ed08ît dans les autres, ou de ce que l’on éped03, ed06, ed07, ed08rouve dans soy-mesed01, ed06, ed07, ed08ême : l’un éleve, étonne, maîtrise, instruit ;ed01, l’autre plaît, remuë, touche, peed03énetre : ce qu’il y a de plus beau, de plus noble & de plus imperieux dans la raison est manié par le premier ; & par l’autre ce qu’il y a de plus flatteur & de plus délicat dans la passion : ce sont dans celuy-là des maximes, des regles, des preceptes ; & dans celuy ed01-08-cy du goused01, ed04, ed06, ed07, ed08ût & des sentimens : l’on est plus occupé aux pieces de Corneille ; l’on est plus ébranlé & plus attendri à celles de Racine : Corneille est plus moral,ed04-08 ; Racine plus naturel : il semble que l’un imite Sophocle ;ed01, ed06, ed07, ed08, & que l’autre doit plus à Euripide.

❡ Le ped01Peuple appelle Eloquence la facilité que quelques-uns ont de parler seuls & long-temps, jointe à l’emportement du geste, à l’éclat de la voix, & à la force des poulmons. Les Pedans ne l’admettent aussi que dans le discours oed01Oratoire, & ne la distinguent pas de l’entassement des figures, de l’usage des grands mots, & de la rondeur des periodes.

Il semble que la Logique est l’art de convaincre de quelque veritéed01[supprimé] ed01,ed04-08 ; & l’Eloquence un don de l’ame, lequel nous rend maîtresed01[supprimé] du cœur & de l’esprit des autres, ed04-08 ; qui fait que nous leur inspirons ou que nous leur persuadons tout ce qui nous plaised01, ed04, ed06, ed07, ed08ît.

L’Eloquence peut se trouver dans les entretiens & dans tout genre d’écrire ; elle est rarement où on la cherche, & elle est quelquefois où on ne la cherche point.

❡ Un homme né Chréed01êtien & François est eed01ambarasséed05-08ſe trouve contraint dans la sed01Satyre  ;ed05-08, les grands sujets luy sont défendus,ed05 ; il les entame quelquefois, & se détourne ensuite sur de petites choses qu’il releve par la beauté de son genie & de son styed01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08ile.

❡ Il faut éviter le styed04-08ile vaed04áin & puerile, ed04, ed06, ed07, ed08[supprimé]de peur de ressembler à Dorilas & à ed04-07[supprimé]Handburg ;ed05-08: l’on peut au contraire en une sorte d’écrits hased01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08zarder de certaines expressions, user de termes transposez, ed04-08[supprimé]& qui peignent vivement ed04, ed07, ed05, ed06, ed08 ; & plaindre ceux qui ne sentent pas le plaisir qu’il y a à s’en servir ed05, ou à les entendre.

❡ Celuy qui n’a égard en écrivant qu’au goused01, ed05, ed06, ed07, ed08ût de son siecle, songe plus à sa personne qu’à ses écrits : il faut toûjours tendre à la perfection ; ed04-08, & alors cette justiceed04juſteſſe qui nous est quelquefois refusée par nos contemporains, la posterité sçait nous la rendre.

❡ Il ne faut point mettre un ridicule où il n’y en a point ; ed04-08, c’est se gâter le goût, c’est corrompre son jugement & celuy des autres ; mais le ridicule qui est quelque part, il faut l’y voir, l’en tirer avec grace, & d’une maniere qui plaise & qui instruise.

❡ Horace ou Despreaux l’a dit avant vous ; ed04-08, je le croised06-08y sur vosed01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08ôtre parole ; mais je l’ay dit comme mien ; ed04-08, ne puis-je pas penser ed03-08 aprés eux une chose vraied01, ed03, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08ye, & que d’autres encore penseront aprés moyed01i  ?ed05-08.

Du Merite personnel.

QUi peut avec les plus rares talens & le plus excellent merite n’estre pas convaincu de son inutilité,ed04-06 ; quand il considere qu’il laisse, en mourant, un monde qui ne se sent pas de sa perte, & où tant de gens se trouvent pour le remplacer ?ed04-06.

❡ De bien des gensed04, il n’y a que le nom qui vale quelque chose ; quand vous les voyez de fort prés, c’est moins que rien ; de loin ils imposent.ed05,

❡ Combien d’hommes admirables, & qui avoient de tres-beaux geniesed06, sont morts sans qu’on en ait parlé ? Combien vivent encore dont on ne parle |175| point, & dont on ne parlera jamais ?ed06.

❡ Quelle horrible peine à un homme qui est sans prosneurs & sans cabale, qui n’est engagé dans aucun corps, mais qui est seul, & qui n’a que beaucoup de merite pour toute recommendation, de se faire jour à travers l’obscurité où il se trouve, & ed04-06de venir au niveau d’un faed02it qui est en credit.

❡ Personne presque ne s’avise de luy-mesed04, ed06ême du merite d’un autre.

❡ Les hommes sont trop occupez d’eux-mesed04, ed06êmes pour avoir le loisir de penetrer ou de discerner les autres ; de là vient qu’avec un grand merite & une plus grande modestie l’on peut esed04, ed06être long-temps ignoré.

❡ Le genie & les grands talens manquent souvent ;ed04-06, quelquefois aussi les seules occasions : tels |176|peuvent esed06être loüez de ce qu’ils ont fait, & tels de ce qu’ils auroient fait.

❡ Il n’y a point au monde un si penible métier que celuy de se faire un grand nom  ;ed04, la vie s’acheve que l’on a à peine ébauché son ouvrage.

❡ Il faut en France beaucoup de fermeté, & une grande étenduë d’esprit pour se passer des charges & des emplois, & consentir ainsi à demeurer chez soy, & ed04-06à ne rien faire ; personne presque n’a assez de merite pour joüer ce rôle avec dignité, ny assez de fond pour remplir le vuide du temps, sans ce que le vulgaire appelle des affaires : il ne manque cependant à l’oisiveté du sage qu’un meilleur nom ; & que mediter, parler, lire, & esed04, ed06être tranquille s’appellât travailler.

❡ Un homme de merite, & qui |177| est en place, n’est jamais incommode par sa vanité ;ed04-06, il s’étourdit moins du poste qu’il occupe, qu’il n’est humilié par un plus grand qu’il ne remplit pas, & dont il se croit digne : plus capable d’inquietude que de fierté, ou de mépris pour les autres, il ne pese qu’à soied02, ed04, ed05, ed06y-même.

❡ Un honnesed04, ed06ête homme se paye par ses mains de l’application qu’il a à son devoir par le plaisir qu’il sent à le faire ;ed04-06, & se désinteresse sur les éloges, l’estime & la reconnoissance qui luy manquent quelquefois.

❡ Si j’osois faire une comparaison entre deux conditions touted04-06-à-fait inégales, je dirois qu’un homme de cœur pense à remplir ses devoirs, à peu prés comme le couvreur songe à couvrir ; nyed04i l’un nyed04i l’autre ne cherchent à exposer leur vie, nyed04i ne sont détournez par le peril ;ed04-06, |178|la mort pour eux est un inconvenient dans le métier, & jamais un obstacle ; le premier aussi n’est guereed04-06s plus vain d’avoir parûed04-05u à la tranchée, emporté un ouvrage, ou forcé un retraned05[supprimé]chement, que celuy-cy d’avoir monté sur de hauteed02, ed04, ed05, ed06[supprimé]s combles, ou sur la pointe d’un clocher : ied04-05Ils ne sont tous deux appliquez qu’à bien faire,ed04-06 ; pendant que le fanfaron travaille à ce que l’on dise de luy qu’il a bien fait.

❡ Quand on excelle dans son art, & que led04-06[supprimé]’on luy donne toute la perfection dont il est capable, l’on en sort en quelque maniere, & l’on s’égale à ce qu’il y a de plus noble & de plus relevé. V** est un Peintre. C** un Musicien, & l’aed04-06Auteur de Pyrame est un Poëte  : mais Mignard est Mignard.ed04-06 ; Lully est Lully ; & Corneille est Corneille.

|179|

❡ Un homme libre, & qui n’a point de femme, s’il a quelque esprit,ed04-06[supprimé] peut s’élever au dessus de sa fortune, se mêler dans le monde, & aller de pair avec les plus honnesed04-06êtes gens : cela est moins facile à celuy qui est engagé ;ed02: il semble que le mariage met tout le monde dans son ordre.

❡ Un homme à la Cour, & souvent à la Ville, qui a un long manteau de soye ou de Ded04-06drap d’ed02, ed04, ed05, ed06de Hollande, une ceinture large & placée haut sur l’estomac, le soulier de maroquin, la calotte de mesme, d’un beau grain, un collet bien fait & bien empesé, les cheveux arred04-06rangez & le teint vermeil ; ed04-06, qui avec cela se souvient de quelques distinctions metaphysiques, explique ce que c’est que la lumiere de gloire, & sçait précisément comment l’on voit Dieu ; cela s’appelle |180|un Docteur. Une personne humble qui est enseveli dans le cabinet, qui a medité, cherché, consulté, confronté, lû ou écrit pendant toute sa vie, est un homme docte.

❡ Chez nous le soldat est brave, & l’homme de robe est sçavant ; nous n’allons pas plus loin. Chez les Romains l’homme de Red06robe esed06étoit brave, & le sed06Soldat esed06étoit sçavant ; un Romain esed06étoit tout ensemble & le sed06Soldat & l’homme de Red06robe .

❡ Il semble que le Heros est d’un seul métier,ed04-05[supprimé] qui est celuy de la guerre  ;ed05-06, & que le grand homme est de tous les métiers, ou de la red04-06Robe, ou de l’éed04-06Epée, ou du ced04-06Cabinet, ou de la Cour : l’un & l’autre mis ensemble ne pesent pas un homme de bien.

❡ Dans la guerre la distinction entre le Heros & le grand Homme est délicate ; toutes les ver|181|tus militaires font l’un & l’autre : il semble neanmoins que le premier soit jeune, entreprenant, d’une haute valeur, ferme dans les perils, intrepide ; que l’autre excelle par un grand sens, une vaste prévoyance, une haute capacité & une longue experience : peut-esed06étre qu’Alexandreed06lexandre n’éed04-05eſtoit qu’un Heros, & que Cesar éed04-05eſtoit un grand hed04-06Homme.

❡ J’éviteray avec soin d’offenser personne, si je suis équitable ; mais sur toutes choses un homme d’esprit, si j’aime le moins du monde mes interesed04êts.

❡ Un homme d’esprit & d’un caractere simple & droit peut tomber dans quelque piege ;ed04-06, il ne pense pas que personne veüille luy en dresser, & le choisir pour estre sa duppe ; cette confiance le rend moins précautionné, & les mauvais plaisans l’entament par cet endroit : ed04-06. ied04-06Il |182|n’y a qu’à perdre pour ceux qui en viendroient à une seconde charge ; il n’est trompé qu’une fois.

❡ Le sage quelquefois évite le monde de peur d’estre ennuyé.

❡ Il n’y a rien de si délié, de si simple,ed05-06[supprimé] & de si imperceptible, où il n’entre des manieres qui nous deed04-06écelent. Un soted04-05, nyed04-05i n’entre, nyed04-05i ne sort, nyed04-05i ne s’assied, nyed04-05i ne se leve,ed04-05  ; nyed04-05i ne se tait, nyed04-05i n’est sur ses jambes comme un homme dedNaN, ed04, ed05, ed06ed02[supprimé]esprit.

Des Femmes.

LEs hommes & les femmes conviennent rarement sur le merite d’une femme ; leurs interesed04-07êts sont trop differens : led04-05Les femmes ne se plaisent point les unes aux autres par les mesed04-07êmes agréemens qu’elles plaisent aux hommes ; mille manieres qui allument dans ceux-cy les grandes,edNaN, ed02, ed03, ed04, ed05, ed06, ed07[supprimé] passionsed04-07, forment entre elles l’aversion oued04-07& l’antipathie.

❡ Il y a dans quelques femmes une grandeur artificielle, attachée au mouvement des yeux, à un air de tesed04-07ête, aux façons de marcher, & qui ne va pas plus loin ; un esprit ébloüissant qui impose, & que l’on n’estime que parce qu’il n’est pas approfondi. Il y a dans quelques autres une grandeur sim|184|ple, naturelle, indépendante du geste & de la démarche ;ed06-07, qui a sa source dans le cœur, & qui est comme une suite de leur haute naissance ; un merite paisible, mais solide, accompagné de mille vertus qu’elles ne peuvent couvrir de toute leur modestie, qui échapent, & qui se montrent à ceux qui ont des yeux.

❡ J’ay veu soued06ûhaiter d’esed06-07être fille, & une belle fille depuis treize ans jusques à vingt-deux ; & aprés cet âge de devenir un homme.

Ued02un beau visage est le plus beau de tous les spectacles ; & l’harmonie la plus douce est le son de voix de celle que l’on aime.

❡ L’on peut esed04-07être touché de certaines beautez si parfaites,ed06-07[supprimé] & d’un merite si éclatant,ed04[supprimé] que l’on se borne à les voir & à leur parler.

|185|

❡ Une belle femme qui a les qualitez d’un honnesed04-07ête homme, est ce qu’il y a au monde d’un commerce plus deed04-07élicieux ; l’on trouve en elle tout le merite des deux sexes.

Il échape à une jeune personne de petites choses qui persuadent beaucoup, & qui flatent sensiblement celuyed03i pour qui elles sont faites : il n’échape presque rien aux hommes, leurs caresses sont volontaires,ed07 ; ils parlent, ils agissent, ils sont empressez, & persuadent moins.

❡ Les femmes s’attachent aux hommes par les faveurs qu’elles leur accordent : les hommes guerissent par ces mesed04-07êmes faveurs.

❡ Une femme oublie d’un homme qu’elle n’aime plused06-07, jusques aux faveurs qu’il a receuës d’elle.

❡ Une femme qui n’a qu’un |186|galand croit n’esed04, ed06, ed07être point coquette ; celle qui a plusieurs galaned06-07ds croit n’esed04-07être que coquette.

❡ Telle femme évite d’esed04-07être coquette par un ferme attachement à un seul, qui passe pour folle par son mauvais choix.

❡ A un homme vain, indiscret, qui est grand parleur & mauvais plaisant ; qui parle de soy aued01-07 – ex2vec confiance, & des autres avec mépris ; impetueux, altier, entreprenant ; sans mœurs nyed04-05i probitéed01, ed02, ed03, ed04, ed05, ed07 ;ed06, d’un esprit bornêed01-03 – ex2é, ed04-07[supprimé]de nul jugement & d’une imagination tres-ed02-03[supprimé]libre, il ne luy manque plus pour esed04-07être adoré de bien des femmes, que de beaux traits & la taille belle.

❡ Il y a des femmes déja flétries qui par leur complexion ou par leur mauvais caractere sont naturellement la ressource des jeunes gens qui n’ont pas assez de bien. Je ne sçay qui est le |187|plus à plaindre, ou d’une femme avancée en âgeed07, qui a besoin d’un cavalier, ou d’un cavalier qui a besoin d’une vieille.

❡ Quelques femmes donnent aux coned01-06 – ex2uvents & à leurs amans ; galantes & bienfactrices elles ont jusques dans l’enceinte de l’Autel des tribunes & des oratoires où elles lisent des billets tendres, & où personne ne voit qu’elles ne prient point Dieu.

❡ Il y a telle femme qui aime mieux son argent que ses amis, & ses amans que son argent.

❡ Il est étonnant de voir dans le cœur de certaines femmes quelque chose de plus vif & de plus fort que l’amour pour les hommes, je veux dire l’ambition & le jeu : de telles femmes rendent les hommes chastes, elles n’ont de leur sexe que les habits.

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❡ A juger de cette femme par sa beauté, sa jeunesse, sa fierté, & ses dédains, il n’y a personne qui doute que ce ne soit un Heros qui doive un jour la charmer : son choix est fait ; c’est un petit monstre qui manque d’esprit.

❡ Est-ce en veued04-07ûë du secret, ou par un goused04-07ût hyed01-03 – ex2ipoched01-07 – ex2[supprimé]ondre que cette femme aime un valet, cette autre un Moine, & Dorinne son Medecin.ed04-05 ?

❡ Pour les femmes du mondeed04, ed05, ed07, un Jardinier est un Jardinier, & un Masson est un Masson ; pour quelques autres plus retirées un Masson est un homme, un Jardinier est un homme. Tout est tentation à qui la craint.

❡ Si le Confesseur & le Directeur ne conviennent point sur une regle de conduite ; qui sera le tiers qu’une femme prendra pour surarbitre ?

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Le capital pour une femme n’est pas d’avoir un Directeur ; mais de vivre si uniment qu’elle s’en puisse passer.

Si une femme pouvoit dire à son Confesseur avec ses autres foiblesses celle qu’elle a pour son Ded05directeur, & le temps qu’elle perd dans son entretien ;ed06-07, peut-esed04, ed06, ed07être luy seroit-il donné pour penitence d’y renoncer.

❡ C’est trop contre un mary d’esed04, ed06, ed07être coquette & devote ; une femme devroit opter.

❡ La neutralité entre des femmes qui nous sont également amies, quoy qu’elles ayent rompu pour des interesed04, ed06, ed07êts où nous n’avons nulle part, est un point difficile ; il faut choisir souvent entre elles, ou les perdre toutes deux.

❡ Quand l’on a assez fait auprés d’une femme pour devoir l’engager ; [supprimé]si cela ne réüssit |190|point, il y a encore une ressource, qui est de ne plus rien faire ; c’est alors qu’elle vous rappelle.

❡ Un homme est plus fidelle au secret d’autruy qu’au sien propre ; une femme au contraire garde mieux son secret que celuy d’autruy.

❡ Les femmes sont extrêmes ; elles sont oued06-07[supprimé] meilleures,ed04[supprimé] ou pires que les hommes.

❡ La plûpart des femmes n’ont gueres de principes, elles se conduisent par le cœur, & dépendent pour leurs mœurs de ceux qu’elles aiment.

❡ Il y a un temps où les filles les plus riches doivent prendre parti ; elles ne laissent gueres échaper les premieres occasions sans se preed04éparer un long repentir ; il semble que la reputation des biens diminuë en elles avec celle de leur beauté : tout favo|191|rise au contraire une jeune personne, jusques à l’opinion des hommes, qui aiment à luy accorder tous les avantages qui peuvent la rendre plus souhaitable.

Combien de filles à qui une grande beauté n’a jamais servied05, qu’à leur faire esperer une grande fortune.ed04-07 ?

❡ Il n’y a point dans le cœur d’une jeune filleed01-07 – ex2perſonne un si violent amour, à quied01-07 – ex2auquel l’interesed04, ed06, ed07êt ou l’ambition ed04-07[supprimé]n’ajoûte ed04-07[supprimé] quelque chose.

❡ Je ne comprends pointed03-07pas comment un mari qui s’abandonne à son humeur & à sa complexion ;ed07, qui ne cache aucun de ses deed05-07éfauts, & se montre au contraire par ses mauvais endroits ; qui est avare, qui est trop negligé dans son ajustement, brusque dans ses réponses, incivil, froid & taciturne, peut |192|esperer de défendre le cœur d’une jeune femme contre les entreprises de son galant, qui employe la parure & la magnificence, la complaisance, les soins, l’empressement, les dons, la fed04Flatterie.

❡ Il y a peu de galanteries secrettes : bien des femmes ne sont pas mieux deed04-05ésignées par le nom de leurs maris,ed04-07[supprimé] que par celuy de leurs amans.

❡ Quelques femmes ont dans le cours de leur vie un double engagement à soûtenir, également difficile à rompre & à dissimuler ; il ne manque à l’un que le contract, & à l’autre que le cœur.

❡ Il arrive quelquefois qu’une femme cache à un homme toute la passion qu’elle sent pour luy ; pendant que de son côed01, ed02, ed03, ed05 – ex2oſté il feint pour elle toute celle qu’il ne sent pas.

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❡ L’on suppose un homme indifferent, mais qui voudroit persuader à une femme une passion qu’il ne sent pas ; & l’on demande, s’il ne luy seroit pas plus aisé d’imposer à celle dont il est aimé, qu’à celle qui ne l’aime point.

❡ Un homme peut tromper une femme par un feint attachement, pourveued04-07û qu ed02-07il n’en ait pas ailleurs un veritable.

❡ Un homme éclate contre une femme qui ne l’aime plus, & se console ;ed05-07: une femme fait moins de bruit quand elle est quittée, & demeure long-temps inconsolable.

❡ Les femmes guerissent de leur paresse par la vanité ou par l’amour.ed05-06 La pareſſe au contraire dans les femmes vives eſt le présage de l’amour.

❡ Un homme de la ved02-07Ville est pour une femme de Province,ed04-07[supprimé] ce qu’est pour une femme de ed04-05la ved02-07Ville un homme de la Cour.

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❡ Ne pourroit-on point découvrir l’art de se faire aimer de sa femme ?

De la Societe & de la Conversation.

UN caractère bien fade est celuy de n’en avoir aucun.

❡ C’est le rôle d’un sot d’estre importun : un homme habile sent s’il convient, ou s’il ennuye, il sçait disparoistre le moment qui précede celuy où il seroit de trop quelque part.

❡ L’on marche sur les mauvais plaisans, & il pleut par tout pays de cette sorte d’insectes : un bon plaisant est une piece rare ; à un homme qui est né tel il est encore fort délicat d’en soûtenir long-temps le personnage ; il n’est pas ordinaire que celui qui fait rire se fasse estimer.

❡ Il y a beaucoup d’esprits obscenes, encore plus de médisans ou de satiriques ; peu de |200|délicats.Pour badiner avec grace & rencontrer heureusement sur les plus petits sujets il faut trop de manieres, trop de politesse & même trop de fecondité ; c’est créer que de railler ainsi, & faire quelque chose de rien.

❡ Il y a des gens qui parlent un moment avant que d’avoir pensé : il y en a d’autres qui ont une fade attention à ce qu’ils disent, & avec qui l’on souffre dans la conversation de tout le travail de leur esprit ; ils sont comme paistris de phrases & de petits tours d’expression, concertez dans leur geste & dans tout leur maintien ; ils sont puristes, & ne hazardent pas le moindre mot, quand il devroit faire le plus bel effet du monde : rien d’heureux ne leur échape, rien ne coule de source |201|& avec liberté ; ils parlent proprement & ennuyeusement.

❡ L’esprit de la conversation consiste bien moins à en montrer beaucoup qu’à en faire trouver aux autres ; celuy qui sort de vostre entretien content de soy & de son esprit l’est de vous parfaitement : les hommes n’aiment point à vous admirer, ils veulent plaire ; ils cherchent moins à estre instruits & mesme réjoüis, qu’à estre goûtez & applaudis ; & le plaisir le plus délicat est de faire celuy d’autruy.

❡ Lucain a dit une jolie chose ; il y a un beau mot de Claudien ; il y a cet endroit de Seneque : & là-dessus une longue suite de Latin que l’on cite souvent devant des gens qui ne l’entendent pas, & qui feignent de l’entendre. Le secret seroit d’avoir un grand sens & bien de |202|l’esprit ; car ou l’on se passeroit des Anciens, ou aprés les avoir lûs avec soin, l’on sçauroit encore choisir les meilleurs, & les citer à propos.

❡ Rien n’est moins selon Dieu & selon le monde, que d’appuyer tout ce que l’on dit dans la conversation, jusques aux choses les plus indifferentes par de longs & de fastidieux sermens. Un honneste homme qui dit oüi & non merite d’estre crû ; son caractere jure pour luy, donne créance à ses paroles, & luy attire toute sorte de confiance.

❡ Celuy qui dit incessamment qu’il a de l’honneur & de la probité, qu’il ne nuit à personne, qu’il consent que le mal qu’il fait aux autres luy arrive, & qui jure pour le faire croire, ne sçait pas mesme contrefaire l’homme de bien.

Un homme de bien ne sçauroit |203|empescher par toute sa modestie qu’on ne dise de luy ce qu’un malhonneste homme sçait dire de soy.

❡ Il ne faut pas qu’il y ait trop d’imagination dans nos conversations ny dans nos écrits ; elle ne produit souvent que des idées vaines & pueriles, qui ne servent point à perfectionner le goust, & à nous rendre meilleurs : nos pensées doivent estre prises dans le bon sens & la droite raison, & doivent estre un effet de nostre jugement.

❡ C’est une grande misere que de n’avoir pas assez d’esprit pour bien parler, ny assez de jugement pour se taire : voilà le principe de toute impertinence.

❡ Combien de belles & inutiles raisons à étaler à celuy qui est dans une grande adversité pour essayer de le rendre |204|tranquille : les choses de dehors qu’on appelle les évenemens, sont quelquefois plus fortes que la raison & que la nature. Mangez, dormez, ne vous laissez point mourir de chagrin, songez à vivre, harangues froides & qui reduisent à l’impossible. Estes-vous raisonnable de vous tant inquieter ? N’est-ce pas dire, Estes vous fou d’estre malheureux ?

❡ Le conseil si necessaire pour les affaires est quelquefois dans la societé nuisible à qui le donne, & inutile à celuy à qui il est donné : sur les mœurs vous faites remarquer des defauts, ou que l’on n’avoüe pas, ou que l’on estime des vertus ; sur les ouvrages vous rayez les endroits qui paroissent admirables à leur Auteur, où il se complaît davantage, où il croit s’estre surpassé luy-mesme. Vous per|205|dez ainsi la confiance de vos amis, sans les avoir rendus ny meilleurs ny plus habiles.

❡ Celuy qui est d’une éminence au dessus des autres, qui le met à couvert de la repartie, ne doit jamais faire une raillerie piquante.

❡ Il y a de petits defauts que l’on abandonne volontiers à la censure, & dont nous ne haïssons pas à estre raillez : ce sont de pareils defauts que nous devons choisir pour railler les autres.

❡ L’on a veu il n’y a pas longtemps un cercle de personnes des deux sexes, liées ensemble par la conversation & par un commerce d’esprit ; ils laissoient au vulgaire l’art de parler d’une maniere intelligible ; une chose dite entre eux peu clairement en entraînoit une autre encore plus obscure, sur laquelle on |206|encherissoit par de vraies enigmes, toûjours suivies de longs applaudissemens : par tout ce qu’ils appelloient délicatesse, sentimens, tour, & finesse d’expression, ils estoient enfin parvenus à n’estre plus entendus, & à ne s’entendre pas eux-mesmes. Il ne falloit, pour fournir à ces entretiens, ny bon sens, ny jugement, ny memoire, ny la moindre capacité ; il faloit de l’esprit, non pas du meilleur, mais de celuy qui est faux, & où l’imagination a trop de part.

❡ Dans la société c’est la raison qui plie la premiere : les plus sages sont souvent menez par le plus fou & le plus bizarre ; l’on étudie son foible, son humeur, ses caprices, l’on s’y accommode ; l’on évite de le heurter, tout le monde luy cede, la moindre serenité qui paroist sur |207|son visage luy attire des éloges, on luy tient compte de n’estre pas toûjours insupportable ; il est craint, ménagé, obey, quelquefois aimé.

Cleante est un tres-honneste homme, il s’est choisi une femme qui est la meilleure personne du monde & la plus raisonnable ; chacun de sa part fait tout le plaisir & tout l’agréement des societez où il se trouve ; l’on ne peut voir ailleurs plus de probité, plus de politesse : ils se quittent demain, & l’acte de leur separation est tout dressé chez le Notaire. Il y a sans mentir de certains merites qui ne sont point faits pour estre ensemble, de certaines vertus incompatibles.

❡ L’on peut compter seurement sur la dot, le doüaire, & les conventions, mais foiblement sur les nourritures ; elles |208|dépendent d une union fragile qui perit souvent dans l’année du mariage.

❡ L’interieur des familles est souvent troublé par les défiances, les jalousies, & l’antipathie ; pendant que des dehors contens, paisibles & enjoüez nous trompent, & nous y font supposer une paix qui n’y est point ; il y en a peu qui gagnent à estre approfondies. Cette visite que vous rendez vient de suspendre une querelle domestique, qui n’attend que vostre retraite pour recommencer.

❡ G*** & H*** sont voisins de campagne, & leurs terres sont contiguës ; ils habitent une contrée deserte & solitaire ; éloignez des villes & de tout commerce, il sembloit que la fuite d’une entiere solitude, ou l’amour de la societé eût dû les assujettir à une liaison recipro|209|que  : il est cependant difficile d’exprimer la bagatelle qui les a fait rompre, qui les rend implacables l’un pour l’autre, & qui perpetuëra leurs haines dans leurs descendans. Jamais des parens, & mesme des freres ne se sont broüillez pour une moindre chose.

Je suppose qu’il n’y ait que deux hommes sur la terre qui la possedent seuls, & qui la partagent toute entre eux deux ; je suis persuadé qu’il leur naîtra bien-tost quelque sujet de rupture, quand ce ne seroit que pour les limites.

❡ L’on parle impetueusement dans les entretiens, souvent par vanité ou par humeur, rarement avec assez d’attention : tout occupé du desir de répondre à ce que l’on ne se donne pas mesme la peine d’écouter, l’on suit ses , & on les expli|210|que sans le moindre égard pour les raisonnemens d’autruy : l’on est bien éloigné de trouver ensemble la verité, l’on n’est pas encore convenu de celle que l’on cherche. Qui pourroit écouter ces sortes de conversations & les écrire, feroit voir quelquefois de bonnes choses qui n’ont nulle suite.

❡ Il a regné pendant quelque temps une sorte de conversation fade & puerile, qui rouloit toute sur des questions frivoles qui avoient relation au cœur & à ce qu’on appelle passion ou tendresse ; la lecture de quelques Romans les avoit introduites parmy les plus honnestes gens de la ville & de la Cour ; ils s’en sont defaits, & la bourgeoisie les a receuës avec les pointes & les équivoques.

❡ Le dédain & le rengorgement dans la societé attire pré|211|cisément le contraire de ce où l’on vise, si c’est à se faire estimer.

❡ Le plaisir de la societé entre les amis se cultive par une ressemblance de goust sur ce qui regarde les mœurs, & par quelque differences d’opinions sur les sciences : par là ou l’on s’affermit & l’on se complaît dans ses sentimens, ou l’on s’exerce & l’on s’instruit par la dispute.

❡ L’on ne peut aller loin dans l’amitié, si l’on n’est pas disposé à se pardonner les uns aux autres les petits defauts.

❡ La mocquerie est souvent indigence d’esprit.

❡ Vous le croyez vostre duppe ; s’il feint de l’estre, qui est plus duppe de luy ou de vous ?

❡ Les plus grandes choses n’ont besoin que d’estre dites simplement, elles se gâtent par l’emphase ; il faut dire noble|212|ment les plus petites, elles ne se soûtiennent que par l’expression, le ton & la maniere.

❡ C’est la profonde ignorance qui inspire le ton dogmatique : celuy qui ne sçait rien croit enseigner aux autres ce qu’il vient d’apprendre luy-mesme ; celui qui sçait beaucoup pense à peine que ce qu’il dit puisse estre ignoré, & parle plus indifferemment.

❡ Il me semble que l’on dit les choses encore plus finement qu’on ne peut les écrire.

❡ C’est une faute contre la politesse que de loüer immoderément en presence de ceux que vous faites chanter ou toucher un instrument, quelque autre personne qui a ces mesmes talens ; comme devant ceux qui vous lisent leurs vers, un autre Poëte.

❡ L’on peut définir l’esprit de |213|politesse, l’on ne peut en fixer la pratique ; elle suit l’usage & les coutumes receuës, elle est attachée aux temps, aux lieux, aux personnes, & n’est point la mesme dans les deux sexes, ny dans les differentes conditions ; l’esprit tout seul ne la fait pas deviner, il fait qu’on la suit par imitation, & que l’on s’y perfectionne ; il y a des temperamens qui ne sont susceptibles que de la politesse, & il y en a d’autres qui ne servent qu’aux grands talens, ou à une vertu solide : il est vray que les manieres polies donnent cours au merite, & le rendent agreable ; & qu’il faut avoir de bien éminentes qualitez, pour se soûtenir sans la politesse.

Il me semble que l’esprit de politesse est une certaine attention à faire que par nos paroles & par nos manieres, les autres |214|soient contens de nous, & d’eux-mesmes.

❡ Il y auroit une espece de ferocité à rejeter indifferemment toute sorte de loüanges ; l’on doit estre sensible à celles qui nous viennent des gens de bien, qui loüent en nous sincerement des choses loüables.

❡ L’on dit par belle humeur, & dans la liberté de la conversation de ces choses froides, qu’à la verité l’on donne pour telles, & que l’on ne trouve bonnes que parce qu’elles sont extrémement mauvaises : cette maniere basse de plaisanter a passé du peuple à qui elle appartient jusques dans une grande partie de la jeunesse de la Cour qu’elle a déja infectée ; il est vray qu’il y entre trop de fadeur & de grossiereté pour devoir craindre qu’elle s’étende plus loin, & qu’elle fasse de plus grands |215|progrez dans un pays qui est le centre du bon goust & de la politesse : L’on doit cependant en inspirer le dégoust à ceux qui la pratiquent ; car bien que ce ne soit jamais serieusement, elle ne laisse pas de tenir la place dans leur esprit & dans le commerce ordinaire de quelque chose de meilleur.

Du souverain.ed04, & de la Republique.ed05-10, ou de la République.

QUand l’on parcourt sans la prévention de son paysed01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10païsed01Païs toutes les formes de gouvernement, l’on ne sçait à laquelleed04la quelle se tenir ; il y a dans toutes le moins bon, & le moins mauvais. Ce qu’il y a de plus raisonnable & de plus seur, ed04-10c’est d’estimer celleed03celles où l’on est né, la meilleure de toutes, & de s’y soûmettre.

❡ Le caractere des François demande du serieux dans le Souverain.

❡ L’un des malheurs du Prince est d’estreed01, ed04, ed07, ed08, ed09, ed10d’être souvent trop plein de son secret, par le peril qu’il y a à le répandreed02rêpandre ; son bonheur est de rencontrer une personne seure qui l’en décharge.

|263|

❡ Il ne manque rien à un Royed09Roi que les douceurs d’une vie privée ; il ne peut estreed01, ed04, ed07, ed08, ed09, ed10être consolé d’une si grande perte que par le charme de l’amitié, & par la fidelité de ses amis.

❡ Le plaisir d’un Royed09Roi qui est digneed04-08meriteed09-10mérite de l’estreed01, ed07, ed08, ed09, ed10l’êtreed01lêtre, est de l’estre moinsed01, ed02, ed03, ed05, ed06 – ex2d’eſtre moins Royed01, ed04 – ex1d’être moins Royed07-10 – ex1de l’être moins quelquefois ; de sortir du Theatreed05-10theatre, de quitter le bas desoyeed01, ed02, ed03, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed10 – ex2ſayeed09 – ex1ſaie & les brodequins, & de joüer avec une personne de confiance un rôle plus familier.

❡ Rien ne fait plus d’honneur au Prince, que la modestie de son favoryed04-10favori.

❡ Il ne faut nyed04, ed09ni art nyed04, ed09ni science pour exercer la tyrannieed09tirannie ;ed05: & la politique qui ne consiste qu’à répandre le sang est fort bornéeed01 – ex2boreée,ed04-10[supprimé] & de nul raffinement :ed06-10; elle inspire de tuered01tuër ceux dont la vie est un obstacle à nostreed01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10nôtre ambition ;ed01 – ex2, un homme né cruel fait cela sans peine. C’est la |264|maniere la plus horrible & la plus grossiere de se maintenired05-10, ou de s’aggrandired01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10s’agrandir.

Il yed01Ily a peu deed01des regles generales & de mesures certaines pour bien gouverner ; l’on suit le temps & les conjonctures, & cela roule sur la prudence & sur les veuësed01, ed08, ed09, ed10vûës de ceux qui regnent ; aussi le chef-d’œuvreed01, ed07, ed08, ed09, ed10 – ex2chef d’œuvre de l’esprited04-10, c’est le parfait gouvernement ; & ce ne seroit peut-estreed01, ed04, ed07, ed08, ed10peut-êtreed09peut être pas une chose possible, si lespeuplesed01Peuples par l’habitude où ils sont de la dépendance & de la soûmissioned06-10, ne faisoient la moitié de l’ouvrage.

❡ Sous un tres-granded09tres grand Royed09 Roi ceux qui tiennent les premieres places n’ont que des devoirs faciles, & que l’on remplit sans nulle peine : tout coule de source ; l’autorité & le genie du Prince leur applanis|265|sent les chemins, leur épargnent les difficultez,ed04[supprimé] & font tout prosperer au delaed01-10au delà de leur attente : ils ont le mérite de subalternes.

❡ Que de dons du Ciel ne faut-iled09faut il pointed06-10 pas pour bien regner.ed01, ed07, ed08, ed09, ed10 ? Une naissance auguste, un air d’empire & d’autorité, un visage qui remplisse la curiosité des peuplesed01Peuples empressez de voir le Prince, & qui conserve le respect dans le Courtisan. Une parfaite égalité d’humeur, un grand éloignement pour la raillerie piquante, ou assez de raison pour ne se la permettre point,ed01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10 ; ne faire jamais nyed04-09ni menaces ed04-10, nyed04, ed05, ed06, ed07, ed09ni reproches, ne point ceder à la colere, & estreed01, ed04, ed08, ed09, ed10êtretoûjoursed09toujoursobeied01, ed04, ed05, ed06obeïed01, ed08, ed09, ed10obéï. L’esprit facile, insinuant ;ed01: le cœur ouvert, sincere, & dont on croit voir le fond, & ainsi tres-propre à se faire des amis, des creatures,|266| & des alliez ; estreed01, ed04, ed07, ed08, ed09, ed10être secret,ed03-10[supprimé] toutefoised03-10, profond & impenetrable dans ses motifs & dans ses projets. Du serieux & de la gravité dans le public ;ed09-10: de la briéveté, jointe à beaucoup de jusstesse & de dignité, soit dans les réponses aux Ambassadeurs des Princes, soit dans les conseilsed01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10Conſeils. Une maniere de faire des graces, qui est comme un second bienfaited01, ed04, ed05, ed06bien-fait, le choix des personnes que l’on gratifie ; le discernement des esprits, des talens & des complexions pour la distribution des postesed01Poſtes & des emploised01Emplois ; le choix des Generaux & des Ministres. Un jugement ferme, solide, décisif dans les affairesed01Affaires, qui fait que l’on connoisted01, ed04connoîted09connoitle meilleur partied01party & le plus juste ; ed03-04 : ed01. Uned04-10un esprit de droiture & d’équité qui fait qu’on le suited01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10 – ex2, jusques à prononcer quelquefois contre soy |267| mesmeed01, ed04, ed08, ed10ſoy-mêmeed05-07ſoy-meſmeed09ſoi·même en faveur du peupleed01Peuple, des alliez ;ed01-10 – ex2, des ennemis : ed06-10 ; uneed01Une memoire heureuse & tres-presenteed04tres-préſenteed09tres preſente,ed05-10[supprimé] qui rappelle les besoinsed09le bien des sujetsed01, ed07, ed08, ed10Sujets, ed04-10leurs viſages, leurs noms, leurs requestes. Une vaste capacité qui s’étende non seulement aux affaires de dehors,ed01 ; au commerce, aux maximes d’Etat, aux veuësed08-10vûësed01vûĕs de la politique, au reculement des frontieresed01Frontieres par la conquesteed01conquête de nouvelles Provincesed09provinces ,ed09[supprimé] & à leur seuretéed01ſûreté par un grand nombre de forteressesed01Fortereſſes inaccessibles ; mais qui sçache aussi se renfermer au dedans, & comme dans les détails de tout un Royaumeed09Roiaume ;ed06-10, qui en banisse un culte faux, suspect & ennemied01ennemy de la ed01[supprimé]souverainetéed01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10Souveraineté, s’il s’y rencontre ; qui abolisse des usages cruels & impies, s’ils y regnent ; qui reforme les loixed01Loix & les coûtumes, si elles estoiented01, ed04, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10étoiented01êtoient remplies d’abus ; qui donne aux |268|villesed01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10Villes plus de seureté & plus de commoditez par le renouvellement d’une exacte police, plus d’éclat & plus de majestéed01Majeſté par des édisicesed09ediſices somptueux. Punir severement les vices scandaleux ; donner par son autorité & par son exemple du credit à la pieté & à la vertu : proteger l’Eglise, ses ministresed01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10Miniſtres, ses droits, ses libertez : ménager ses peuplesed01Peuples comme ses enfans ; estreed01, ed04, ed07, ed08, ed09, ed10êtretoûjoursed09toujours occupé de la pensée de les soulager, de ed07[supprimé]rendre les subsides legers,ed01[supprimé] & tels qu’ils se levent sur les Provincesed09provinces sans les appauvrir. De grands talens pour la guerre ; estreed01, ed04, ed07, ed08, ed09, ed10être vigilant, appliqué, laborieuxed07labourieux ; ed05-10 : avoir des armées nombreuses, les commander en personne, ed04-10 ; estreed01, ed04, ed07, ed08, ed09, ed10être froid dans le peril, ne ménager sa vie que pour le bien de son Etat, aimer le bien de |269|son Etat & sa gloire plus que sa vie. Une puissance tres-absoluë, ed05-10qui ne laiſſe point d’occaſion aux brigues, à l’intrique & à la caballe cabale  ; qui osteed01, ed04, ed07, ed08, ed09, ed10ôte cette distance infinie qui est quelquefois entre les Grandsed04-10grands & les petits, qui les rapproche, & sous quied01, ed05, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10laquelle tous plient également ; ed05-09. ed10,qui ne laisse point d’occasion aux brigues, à l’intrique & à la caballeed05-10[supprimé]  ; ed03-04. ed05-10[supprimé] ed03-10Une étenduë de connoiſſance qui fait que le Prince voit tout par ses yeux, qu’il agit immediatement & par luy-mêmeed05-06luy-meſmeed09lui·même ;qui faited01, ed03, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10[supprimé] que ses Generaux ne sont ed05-06, quoyed09quoi qu’éloignez de luyed09lui que ses Lieutenans, & les Ministres que ses Ministres. Une profonde sagesse qui sçait declarer la guerre, qui sçait vaincre & user de la victoire ; qui sçait faire la paix, qui sçait la rompre, qui sçait quelquefois & selon les divers interestsed01, ed04, ed07, ed08, ed09, ed10interêts contraindre les ennemis à la recevoir ; qui donne des regles à une vaste ambition, & sçait jus|270|ques où l’on doit conquerir. Au milieu dennemised01-10d’ennemis couverts ou declarez se procurer le loisir des jeux, des festesed01, ed04, ed08, ed09, ed10fêtes, des spectacles ; cultiver les arts & les sciences  ; former & executer des projetsed01projéts d’édifices surprenans. Un genie enfin superieur & puissant qui se fait aimer & reverer des siens, craindre des étrangers ; qui fait d’une Coured04-10, & mesmeed01, ed04, ed07, ed08, ed09, ed10même de tout un Royaumeed09Roiaume comme une seule familleed05-10, unie parfaitement sous un mesmeed01, ed04, ed08, ed09, ed10même Chefed04-10chef, dont l’union & la bonne intelligence est redoutable au reste du monde. Ces admirables vertus me semblent renfermées dans l’idée d’uned08-10du Souverain ; il est vrayed09vrai qu’il est rare de les voir ensembleed03reuniesed04réuniesed05-10réünies ed01[supprimé]dans un mesmeed01, ed04, ed08, ed09, ed10même sujet ; il faut que trop de choses concourent à la fois, l’esprit, le cœur, les dehors, le temperament : |271|delàed01, ed03de là vient que le Monarqueed04-10 ; & il me paroît paroiſt qu’un Monarque qui les rassemble toutes en sa personne ,ed04[supprimé] ne merite rien de moins que leed04-10 eſt bien digne du nom de Granded04grand.

Des Jugemens.

RIened05-08RIen ne ressemble mieux à la vive persuasion que le mauvais entêtement : de ed04[supprimé]là les partis, les cabales, les heresies.

❡ L’on ne pense pas toûjours constamment d’un mesed04, ed07, ed08ême sujet : l’entêtement & le dégoût se suivent de prés.

❡ Les grandes choses étonnented04-08, & les petites rebutent ; nous nous apprivoisons avec les unes & les autres par l’habitude.

❡ Il n’y a rien de plus based04-08, & qui convienne mieux au peuple, que de parler en des termes magnifiques de ceux-ed04-08[supprimé]mesed04, ed07, ed08êmeed04, ed05, ed06, ed08s dont l’on pensoit tres-modestement avant leur élevation.

|304|

❡ La faed02erveur des Princes n’excluted04-08d pas le meed08érite, & ne le suppose pas aussi.

❡ Il est étonnant qu’avec tout l’orgüeied04ueïed06eüied08ueil dont nous sommes goed04glonflez, & la haute opinion que nous avons de nous-mesed04, ed07, ed08êmes & de la bonté de nôed05oſtre jed04iugement, nous negligions de nous en servir pour prononcer sur le meed08érite des autres ;ed05-08: la vogue, la faveur populaire, celle du Prince nous entraînent comme un torrent : nous loüons ce qui est loüé, bien plus que ce qui est loüable.ed08,

❡ Le commun des hommes est si enclin au déreed08églement & à la bagatelle ; & le monde est si plein d’exemples ou pernicieux ou ridicules, que jed04ie croirois assez que l’esprit de singularité, s’il pouvoit avoir ses bornesed04-08, & ne pas aller trop loin, |305|approcheroit fort de la droite raison,ed03-08[supprimé] & d’une conduite reguliere.

Il faut faire comme les autres ; maxime suspecte, qui signifie presque toûjed04iours, il faut mal faire, dés qu’on l’étend au delà de ces choses purement exterieures, qui n’ont point de suitesed05-08[supprimé], qui dépendent de l’usage, de la mode ou des bienseances.

❡ Tel à un Sermon, à une Musique, ou dans une Ged04-08gallerie de Ped04-08peintures a entendu à sa droite & à sa gauche, sur une chose précisément la mesed04, ed07, ed08ême, des sentimens précisément opposez : cela me feroit dire volontiers que l’on peut hazarder dans tout genre d’ouvragesed07-08, d’y mettre le bon & le mauvais ; le bon plaised04, ed07, ed08ît aux unsed05-08, & le mauvais aux autres ; l’on ne risque gueres daved07uantage d’y |306|mettre le pire, il a ses partisans.

❡ Tel connu dans le monde par de grands talens, honoré & cheried05-06y par tout où il se trouve, est petit dans son domestique & aux yeux de ses proches qu’il n’a pû reduire à l’estimer : Ted04-08tel autre au contraire, prophete dans son païs joüit d’une vogue qu’il a parmied08y les siens, & qui est resserrée dans l’enceinte de sa maison ;ed03[supprimé]ed04, s’applaudit d’un meed08érite rare & singulier, qui luy est accordé par sa famille dont il est l’idole, mais qu’il laisse chez soy toutes les fois qu’il sort, & qu’il ne porte nulle part.

❡ Quel boned04[supprimé]heur surprenant a accompagné ce favoried05y pendant tout le cours de sa vie ?ed06-08! quelle autre fortune mieux soûtenuë, sans interruption, sans la moindre disgrace ?ed06-08! Led04-08les |306| premiers postes, l’oreille du Prince, d’immenses tresors, une santé parfaite, & une mort douce : mais quel étrange compte à rendre d’une vie passée dans la faveur ;ed06-08! des conseils que l’on a donnez, de ceux qu’on a need04-05égligé de donner ou de suivre ;ed06-08, des biens que l’on n’a point fait, des maux au contraire que l’on a faited04-07,ed08 : ou par soy-mesed04, ed05, ed07, ed08ême ed03-08, ou par les autres : en un mot de toute sa prosperité.

Cesared05-08Cesar n’esed04-08étoit point trop vieux pour penser à la conquesed04, ed05, ed07, ed08ête de l’Univers* ; il n’avoit point d’autre beatitude à se faire que le cours d’une belle vie, & un grand nom aprés sa mort ; né fier, ambitieux, & se portant bien comme il faisoit, ed07-08[supprimé]il ne pouvoit mieux employer son temps qu’à conquerir le monde. Alexandre ed05-08Alexandre |308|esed04-08étoit bien jeune pour un dessein si serieux ;ed06-08, il est étonnant que dans ce premier âge les femmes ou le vin n’ayent pas plûtosed04, ed07, ed08ôt rompu son entreprise.

*V. les ed04-05Ped07-08pensées de M. Pascal,ed07-08[supprimé] ch. 13ed02, ed04, ed05, ed06, ed07, ed0831 où il dit le contraire.

❡ Un jed08jeune Prince, d’une race auguste. L’Aed04-08amour &ed04-08et l’Esed04-08esperance des peuples. Donnéed04-08e’ du Ciel pour prolonger la Fed04-08felicitéed04-08e’ de la terre. Plus grand que sed04-08ses Ayeux. Fils d’un Heros qui esed04-08st sed04-08son modele, a déed04-08eja montréed04-08e’ àed04-08a l’Univers par sed04-08ses Ded04-08divines qualitez, &ed04-08et par une Ved04-08vertu anticipéed04-08e’e, que les eed04-07Enfans des Heros sed04-08sont plus proches de l’esed04-08stre que les autres hommes.

❡ * (❡) ((❡)) ☞ ☜ Contre la maxime Latine & triviale.

❡ Aprés l’esprit de discernemented05-08, ce qu’il y a au monde de plus rare, ce sont les diamans & les perles.

❡ Un homme est fidelled07-08le à de certaines pratiqueed07és de red04-08Religion , ed07,on le voit s’en acquited05, ed06, ed08tter avec exactitude, personne ne le |309|loüeed02, ed03, ed04, ed06, ed07, ed08, nyed04i ne le desapprouve, on n’y pense pas ; tel autre y revient aprés les avoir negligées dix années entieres, on se récrie, on l’exalte ; cela est libre :ed03; moy je le blâme d’un si long oublyed06-07i de ses devoirs, & je le trouve heureux d’y esed04être rentré.

❡ Il y a de petites regles, des devoirs, des bienseances attachéeed02[supprimé]s aux lieux, aux temps, aux personnes, qui ne se devinent point à force d’esprit, & que l’usage apprend sans nulle peine ; juger des hommes par les fautes qui leur échapent en ce genre, avant qu’ils soient assez instruits, c’est en juger par leurs ongles ou par la pointe de leurs cheveux ed04[supprimé]; ed04[supprimé]c’est vouloir un jour esed02, ed04, ed07, ed08être détrompé.

❡ Ceux qui sans nous connoised04-08ître assez, pensent mal de|310| nous, ne nous font pas de tort :ed04-08; ce n’est pas nous qu’ils attaquent, c’est le phed04-08fantôed06ome de leur imagination.

❡ La red02-03Regle de Descartes, qui ne veut pas qu’on deed04, ed06, ed07, ed08écide sur les moindres veritez avant qu’elles soient connuës clairement & distinctemented04-08, est assez belle & assez juste, pour devoir s’étendre au jugement que l’on fait des personnes.

❡ Rien ne nous vange mieux des mauvais jugemens que les hommes font de nosed04, ed06, ed07, ed08ôtre esprited04-08, de nos mœurs & de nos manieres, que l’indignité & le mauvais caractere de ceux qu’ils approuvent.

Du mesed04, ed05, ed07, ed08ême fond dont on neglige un homme de meed08érite, l’on sçait encore admirer un sot.

❡ Un sot est celuy qui n’a pas mesed04, ed07, ed08ême ce qu’il faut d’esprit pour esed04, ed07, ed08être fat.

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Un fat est celuy que les sots croient un homme de meed08érite.

❡ Nous n’approuvons les autres que par les rapports que nous sentons qu’ils ont avec nous-ed02[supprimé]mesed04, ed05, ed07, ed08êmes ; & il semble qu’estimer quelqu’un,ed04[supprimé] c’est l’égaler à soy.

❡ C’est un excés de confiance dans les parens d’esperer tout de la bonne éducation de leurs enfans, & une grande erreur d’en attendre touted03-08de n’en attendre rien & de la need04égliger.

❡ Rien ne découvre mieux quel goût onted04-08dans quelle diſpoſition ſont les homed04õmes pour lesed04-08à l’égard des sciences & pour lesed04-08des belles lettres, & de quelle utilité ils les croed02-03ied04-08yent dans la ed02-03Red04-08republique, que le prix qu’ils y ont mis, & l’idée qu’ils se forment de ceux qui ont pris le parti de les cultiver. Il n’y a point d’art si mécanique nyed04-06i de si vile condition|312|ed05-08, où les avantages ne soient plus seurs, plus prompts & plus solides. Le Comedien couché dans son carred04, ed07, ed08rosse jette de la bouë au visage de Corneille qui est à pied. Chez plusieursed06-08, Sed04-08ſçavant & Ped04-08pedant sont synonimes.

Souvent où le riche parle & parle de doctrine, c’est aux doctes à se taire, à écouter, à applaudired04-08, s’ils veulent du moins ne passer que pour doctes.

❡ Il y a une sorte de hardiesse à soûtenir devant certains esprits la honte de l’érudition : l’on trouve chez eux une prévention toute établie contre les Sed04-08ſçavans, à qui ils osed02-08ôtent les manieres du monde, le sçavoir vivre, l’esprit de societé, & qu’ils renvoyent ainsi dépoüed05-06uillez à leur cabinet & à leurs livres. Comme l’ignorance est un état paisible, & qui ne coû|313|te aucune peine, l’on s’y range en foule, & elle forme à la Ced02cour & à la Ville un nombreux parti qui l’emporte sur celuy des Sed04ſçavans. S’ils alleguent en leur faveur les noms ed06-08d’Estre’es, de Harlay, Bossuet, Seguiered04-08, Montausier, VV Vv ardes, Chevreuse, Novion, L l a Moignon, ScuderyMlle de Scudery., Pelisson ,ed07[supprimé] & de tant d’autres Personnages également doctes & polis ; s’ils osent mesed02, ed04, ed07, ed08ême citer les grands noms de ed06-08Chartres, de Conde’, d’Enguien, & ed04-08[supprimé]de Conti, ed04-08de Bourbon, du Maine, de Vendôme, comme de Princes qui ont sçû joindre aux plus belles & aux plus hautes connoissances ed06, ed07-08,& l’atticisme des Grecs ed06, ed08, ed07,& l’urbanité des Romains,ed05-06 ; l’on ne feint point de leur dire que ce sont des exemples singuliers ;ed05-08: & s’ils ont recours à de solides raisons, ed07[supprimé]elles sont foibles contre la voix de la multitude. Il semble neanmoins que l’on devroit deed06, ed08écider sur cela avec plus de précaution, & se donner |314|seulement la peine de douter, si leed04-08ce mesed04, ed07, ed08ême esprit qui fait faire de si grands progrezed08és dans des sciences raisonnablesed05-08les ſciences  ;ed07-08, qui fait bien penser, bien juger, bien parler & bien écrire, ne pourroit point encore servir à êed05-06eſtre poli.

Mlle de Scudery.

Il faut tres-peu de fonds pour la politesse dans les manieres ; il en faut beaucoup pour celle de l’esprit.

❡ Si les Ambassadeurs des Roised04-08Princes éed04êtrangers esed04, ed06, ed07, ed08étoient des Singes instruits à marcher sur leurs pieds de derriere,ed04[supprimé] & à se faire entendre par interprete ;ed04-06,ed07-08[supprimé] nous ne pourrions pas marquer un plus grand étonnemented05, que celuy que nous donne la justesse de leurs réponsesed05-08, & le bon sens qui paroised04, ed06, ed07, ed08ît quelquefois dans leurs discours. La prévention du païs, jointe à l’orgüeied08ueïl de la nation nous fait oublier que la raison est de tous |315|les climats, & que l’on pense juste par tout où il y a des hommes : nous n’aimerions pas àed03[supprimé] esed04, ed07, ed08être traitez ainsi de ceux que nous appellons barbares ; & s’il y a en nous quelque barbarie, elle consiste à esed04, ed07, ed08être épouveed04-08antez de voir d’autres peuples raisonner comme nous.

❡ Tous les étrangers ne sont pas Bed04-08barbares, & tous nos compatriotes ne sont pas civilisez : de mesed04, ed06, ed07, ed08ême toute Ced04-08campagne n’est pas agreste, & toute ville n’est pas polie :ed04; il y a dans l’Europe un endroit d’une Province maritime d’un grand Royaume, où le Villageois est doux & insinuant, le Magistrated04-08Bourgeois au contraire ed04-08& le Magiſtrat grossiered04-08s, & dont la rusticité peut passer en proverbeed04-08eſt hereditaire.

❡ * (❡) ((❡)) ☞ ☜ Ce terme s’entend icy metaphoriquement.

Avec un langage si pur, une si grande recherche dans nos |316|habits, ed07[supprimé]des mœurs si cultivées, de si belles loix,ed06-08[supprimé] & un visage blanc, nous sommes barbares pour quelques peuples.

❡ Si nous entendions dire des Orientauxed05-08, qu’ils boivent ordinairement d’une liqueur qui leur monte à la tesed04, ed06, ed07, ed08ête, leur fait perdre la raison, & les fait vomir ;ed04-08, nous dirions,ed04 ; cela est bien barbare.

❡ Il est ordinaire & comme naturel de juger du travail d’autruyed04i ed05-08, seulement par rapport à celuied04-08y qui nous occupe. Ainsi le Poëte remplied04-05y de grandes & sublimes idées estime peu le discours de l’Orateured05-08, qui ne s’exerce souvent que ed04[supprimé]sur de simples faits : & celuy qui écrit l’histoied04[supprimé]re de son païs ne peut comprendreed05-08, qu’un esprit raisonnable employe sa vie à imaginer des fictions & à trouver une rime : |317|de mesed04, ed05, ed07, ed08ême le Bachelier plongé dans les quatre premiers siecles traite toute autre doctrine de science triste, vaine & inutile ; pendant qu’il est peut-esed04, ed05, ed07, ed08être méprisé du Geometre.

❡ Ce Prelat ne ed01-08 – ex2[supprimé]se montre pointed01-08 – ex2peu à la Cour, il n’est de nul commerce, on ne le voit point avec des femmes,ed04-08 ; il ne joüeed07-08 nyed04-06i à grande nyed04-06i à petite prime, il n’assiste nyed04-06i aux fesed04êtes nyed04-06i aux spectacles, il n’est point homme de caballed04, ed06, ed07, ed08le, & il n’a point l’esprit d’intrigue ; toûjours dans son Evesed04-08êché, où il fait une residence continuelle, il ne songe qu’à instruire son peuple par la paroleed04-08, & à l’édifier par son exemple ; il consume son bien en des aumônes, & son corps par la penitence ; il n’a que l’esprit de regularité, & il est imitateur |318|du zeed01 – ex2êle & de la pieté des Apôed01-03 – ex2oſtres : comment luy est venuë, dit le peuple, cette nouvelle dignité ?ed01-08 – ex2. Les temps ſont changez, & il eſt menacé ſous ce R r egne d’un titre plus éminent.

❡ Tout le monde s’éleve contre un homme qui entre en reputation ;ed07-08, à peine ceux qu’il croit ses amised06-08, luyed04i pardonnent-ils un meed08érite naissant, & une premiere vogue qui semble l’associer à la gloire dont ils sont déja en possession : l’on ne se rend qu’à l’extremité, & aprés que le Prince s’est deed04-05éclaré par les reed04, ed05, ed08écompenses. Ted05-07, ted08; tous alors se rapprochent de luy ;ed05-08, & de ce jour-là seulement il prend son rang d’homme de meed08érite.

❡ Les enfans des Dieux,* pour ainsi dire, se tirent des regles de la nature, & en sont comme l’exception. Ils n’attendent presque rien du temps & des années ed01-03 – ex2. Le merite chez eux devance l’âge. Ils naissent|319|instruits, & ils sont plûtost des hommes parfaits que le commun des hommes ne sort de l’enfance.

*Fils, Petit-fils, Issus de Rois.

De la Mode.

Uned01[supprimé]e chose folle & qui déced04çouvre bien nosed01, ed04, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10ôtre petitesse, c’est l’assujettissement aux modes ed10, quand on l’étend à ce qui concerne le goused01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10ût, le vivre, la santé & la conscience. La viande noire est hors de mode ed04-10, & par cette raison insipide : ce seroit peed08-10écher contre la mode que de gueed08-10érir de la fiévre par la saignée : de mesed01, ed04, ed07, ed08, ed09, ed10ême l’on ne mourred05-10roit plus depuis long ed02, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed09-ed10 - temps par Theotime ; ses tendres exhortations ne sauvoient plus que le ped01Peuple, & Theot.ed04-06Theotimeed07-10Theotime a veued08-10û son successeur.

❡ Le duel est le triomphe de la mode, & l’endroit où elle a exercé sa tyed06-10irannie avec plus |320|d’éclat ; cet usage n’a paed04às laissé au poltron la liberté de vivre, il l’a mené se faire tueed04ër par un plus brave que soy, & l’a confondu avec un homme de cœur ; il a attaché de l’honneur, ed01-10[supprimé]& de la gloire à une action folle & extravagante  ; il a esed01, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10été approuvé par la preed04, ed09, ed10ésence des Rois ; ed06-10, il y a eu quelquefois une peceed10eſpéceed01eſpece de red04-10Religion à le pratiquer ; ed09[supprimé]il a deed04-10écidé de l’innocence des hommes, des accusations fausses ou veed10éritables sur des crimes capitaux ; ed09, il s’esed01, ed04, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10éed01êtoit enfin si profondeed04-10ément enraciné dans l’opinion des ped01Peuples, & s’esed01, ed04, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10éed01etoit si fort saisi de leur cœur & de leur esprit,ed01[supprimé] qu’un des plus beaux endroits de la vie d’un tres ed01-10-grand Roy ed06-10, a esed01, ed04, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10éed01êté de les gueed09-10érir de cette folie.

❡ Tel a esed01, ed04, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10éed01ê à ed09[supprimé]la mode ou pour le commandement des armées & la negociation, ou pour l’éloquence de la |321|Chaire, ou pour les vers, qui n’y est plus. ed05[supprimé]Y a-ted05-10-il des hommes qui degenerented04-09égenerented10égénérent de ce qu’ils furent autrefois ; ed04, ed09-10 ? est-ce leur meed08-10érite qui soited03-10eſt usé, ou le goût que l’on avoit pour eux ?ed09.

❡ Un homme faed09it & ridicule porte un long chapeau, un pourpoint à aîlerons, des chausseed01ttes à éguillettes & des bottines ; il réve la veille par où & comment il pourra se faire remarquer le jour qui suit. Un Philosophe seed06Philoſopheſe laisse habiller par son Ted04-06tailleur ; il y a autant de foiblesse à fuied01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed09, ed10ïr la mode ed04-06, qu’à l’affecter.

❡ Le Courtisan autrefois avoit ses cheveux, esed01, ed04, ed07, ed08, ed09, ed10éed01êtoit en chausse & en pourpoint, portoit deed01s larges canons, & il esed01, ed04, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10éed01êtoit libertin ; cela ne sied plus : il porte une perruque, l’habit serré, le bas uni, & il est devot : ed04-06 ; ed07-09 , ed10, tout se regle par la mode.

|322| ❡ Celuy qui depuis quelque temps à la Cour esed04, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10étoit devot, & par là contre toute raison peu éloigné du ridicule, pouvoit-il espeed10érer de devenir à la mode ?

❡ De quoy n’est point capable un Courtisan dans la veuëed06veueed08-10vûë de sa fortune, si pour ne laed06la pas manquer ed06, il devient devot.ed05 ¿ed06 ?

❡ Quand leed08-10un Courtisan sera humble, gueed08-10éri du faste & de l’ambition ;ed10; qu’il n’établira point sa fortune sur la ruied10ïne de ses concurrens, qu’il sera équitable, ed09[supprimé]soulagera ses vassaux, payera ses creanciers ; qu’il ne sera nyed04, ed05, ed06, ed09ni fourbe ed05-10, nyed04, ed05, ed06, ed09ni médisant ; qu’il renoncera aux grands repas & aux amours illegitimes ; qu’il priera autrement que des lévres, ed07,& mesed04, ed07, ed08, ed09, ed10ême hors de la preed04ésence du Prince : alors il me persuadera qu’il est devot. ed05-10 : ; quand d’ailleurs il ne ſera point d’un abord farouche & difficile ; qu’il n’aura point le viſage auſt e é re & la mine triſte ; qu’il ne ſera point pareſſeux & contemplatif, qu’il ſçaura rendre par une ſcrupuleuſe attention divers emplois tres-compatibles ; ;  ;  : qu’il pourra & qu’il voudra même tourner ſon eſprit & ſes ſoins aux grandes & laborieuſes affaires, à celles ſur tout d’une ſuite la plus étenduë pour les peuples & pour tout l’Etat  ;  : quand ſon caractere me fera craindre de le nommer en cet endroit , , & que ſa modeſtie l’emp eſ ê chera, ſi je ne le nomme pas, de s’y reconno iſ î tre ; alors je dira y i de ce perſonnage, il eſt devot ; ou plût oſ ô t, c’eſt un homme donné à ſon ſiecle pour le modele d’une vertu ſincere & pour le diſcernement de l’h y i pocrite.

❡ L’on croited08-10eſpere que la devo|323|tion de la Cour inspirera enfin la residenceed08-10ne laiſſera pas d’inſpirer la reſidence.

❡ C’est une chose délicate à un Prince ed03[supprimé] Red05, ed06, ed07, ed08, ed10religieux de reformer la Cour ed08-10, & de la rendre pieuse : instruit jusques où le Courtisan veut luy plaire, & aux dépens de quoy il feroit sa fortune, il le meed07-10énage avec prudence, il tolere, il dissimule, de peur de le jetter dans l’hyed04ipocrisie ou le sacrilege ; edNaN, ed05, ed06: ed07-10 : il attend plus de Dieu & du tempsed09s , ed07-08[supprimé]que de son zele & de son industrie.

De la Chaire.

LE discours Chréed01êtien est devenu un spectacle ; cette tristesse Evangelique qui en est l’ame,ed04-06[supprimé] ne s’y remarque plus ; elle est suppled01, ed02, ed03, ed04, ed05, ed06, ed07, ed09eéeed08, ed10éée par l’ed04-10lesavantageed04-10s de la mine, par les inflexions de la voix, par la regularité du geste, par le choix des mots, & par les longues énumerations : on n’écoute plus serieusement la parole sainte ; c’est une sorte d’amusement entre mille autres, c’est un jeu où il y a de l’émulation & des parieurs.

❡ L’on fait assaut d’Eed07-10éloquence jusques aued08-10juſqu’au pied de l’Autel, & dans la Chaire de la veritéed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed10en la preſence des M y i ſteres : celuyed09i qui écoute s’établit jed04-10Ju |333|ge de celuyed09i qui prêed01 – ex2eſche, pour condamner ou pour applaudir ; & n’est pas plus convertied03y par le discours qu’il favoriseed06-10, que par celuyed09i à quied01-10auquel il est contraire. L’Orateur plaîed09iſt aux uns, déplaîed09iſt aux autres, & convient avec tous en une chose  ; que comme il ne cherche point à les rendre meilleurs, ils ne pensent pas aussi à le devenir.

❡ Jusqu’à ce qu’il revienne un hommeed05-10, qui avec un styed01ile nourri des saintes Ecrituresed04-10, explique au ped01Peuple la parole divine uniment & familierement, les Orateurs & les Declamateurs seront suivis.

❡ Les citations profanes, les froides allusions, le mauvais pathetique, les antitheses, les figures outrées ont fini ; les portraits finiront, & feront place à une simple explication de l’Evangile, jointe aux mouve|334| mens qui inspirent la conversion.

C’est avoir de l’esprit que de plaire au ped01Peuple dans un Sermon par un styed01ile fleuri, une morale enjoüée, des figures reed06, ed08, ed09, ed10éïterées, des traits brillanted04-10[supprimé]s, & de vives descriptions ; mais ce n’est point en avoir assez. Un meilleur esprit condamne dans les autres, & neglige pour soyed04-10neglige ces ornemens étrangers, indignes de servir à l’Evangile ;ed01 – ex2: il prêed01 – ex2eſche ed04-05, simplement, fortement, ced01, ed04Chréed01êtiennement.

❡ L’Orateur fait de si belles images de certains desordres, y fait entrer des circonstances si deed01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed10élicates, met tant d’esprit, de tour ,ed04-10[supprimé] & de raffinement dans celuyed09i qui peed08, ed10éche ; que si je n’ayed09i pas de pente à vouloir ressembler à ses portraits, j’ayed09i besoin du moins que quelque Apôed05-06oſtre ,ed01, ed04, ed05 – ex2[supprimé] avec un styed01ile plus Chréed01ê|335|tien me deed01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed10égoûte des vices dont l’on m’avoit fait une peinture si agreable.

❡ La morale douce & relâchée tombe avec celuyed09i qui la prêche ; elle n’a rien qui réveille & qui pied09-10cque la curiosité d’un homme du monde, qui craint moins qu’on ne pense une doctrine severe, & qui l’aime mesed01, ed04, ed07, ed08, ed09, ed10ême dans celuyed09i qui fait son devoir en l’annonçant :ed04; il semble donc qu’il y ait dans l’Eglise comme deux états qui doivent la partager ; celuyed09i de dire la verité dans toute son étenduë, sans égards, sans déguisement ; celuyed09i de l’écouter avidéed03-10ement, avec goused01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10ût, avec admiration, avec eed01-10éloges, & de n’en faire cependant nyed04, ed05, ed06, ed09i pis nyed04, ed05, ed06, ed09i mieux.

❡ Theodule a moins red03, ed05, ed06eued01, ed04, ed05, ed07, ed08, ed09, ed10éüssi que quelques ed01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10-uns de ses Auditeurs ne l’apprehendoient, ils |336| sont contens de luyed09i & de son discours ,ed08-10 ; & ed08-10[supprimé]il a mieux fait à leur gréed04-10, que de charmer l’esprit & les oreilles, qui est de flatted09-10ter leur jalousie.

❡ Le métier de la parole ressemble en une chose à celuyed09i de la ged01Guerre  ;ed06-10, il y a plus de risque qu’ailleurs, mais la fortune y est plus rapide.

❡ Si vous esed01, ed04, ed07êed08, ed10étes d’une certaine qualité, & que vous ne vous sentiez point d’autres talensed05-10t que celuyed09i de faire de froids discours, prêchezed07-10, ed07-10 faites de froids diſcours : il n’y a rien de pire pour sa fortuneed05-10, que d’esed01, ed04, ed07, ed08, ed10être entierement ignoré. Theodoreed03-10at a esed01, ed04, ed08, ed09, ed10éed01êté payé de ses mauvaises phrases & de son ennuyeuse monotonie.

❡ L’on a eu de grands Evêchez par un meed08-10érite de Ced04-10chaire ed04-10, qui presentemeed07ront ne vaudroit pas à son homme une simple ped01, ed08, ed09, ed10Preed04-05ébende.

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❡ Le nom de ce Panegyriste semble gemir sous le poids des titres dont il est accablé, leur grand nombre remplit de vastes affed09fiches qui sont distribuées dans les maisons, ou que l’on lit par les ruës en caracteres monstrueux, & qu’on ne peut non plus ignorer que la ped01Place publique ; quand sur une si belle montre, l’on a seulement essayé du personnage, & qu’on l’a un peu écoued04ûté, l’on reconnoised01, ed03, ed04, ed07, ed08, ed10ît qu’il manque au déed01enombrement de ses qualitez, celle de mauvais Predicateur.

❡ L’Orateur cherche par ses discours un Evesed01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10êché ; l’Aposed01, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10ôtre fait des conversions, il merite de trouver ce que l’autre cherche.

❡ L’on voit des Clercs* revenir de quelques Provinces où ils n’ont pas fait un long seed08éjour :ed01-10;|338| vains des conversions qu’ils ont trouvées toutes faites,ed09 ; comme de celles qu’ils n’ont pû faireed01, ed03, ed04, ed05, ed06, ed07, ed08, ed09, ed10, se comparer déja aux Vincens & aux Xaviers, & se croire des hommes Apostoliques : de si grands travaux & de si heureuses missions ne seroient pas à leur gré payées d’une Abbaye.

*Ecclesiastiques.

❡ Un Clerc mondain ou irreligieux, s’il monte en Ced04-10chaire, est declamateur.

Il y a au contraire des hommes saints, & dont le seul caractere est efficace pour la persuasion : ils paroissent, & tout un ped01Peuple qui doit les écouter est déja émû & comme persuadé par leur preed08ésence ;ed04-10: le discours qu’ils vont prononcered04-10, fera le reste.

Des Esprits Forts.

LEs Esprits forts sçavent-ils qu’on les appelle ainsi pared02, ironie ? quelle plus grande foiblesse que d’esed04être incertains quel est le principe de son estre, de sa vie, de ses sens, de ses connoissances, & quelle en doit estre la fin ? qed04-06Quel découragement plus grand que de douter si son ame n’est point matiere comme la pierre & le reptile, & si elle n’est point corruptible comme ces viles creatures ?ed06. ned04-06N’y a-t’il pas plus de force & plus de grandeur à recevoir dans nosed04, ed06ôtre eed04Esprit l’idée d’un eed04Estre superieur à tous les eed04-06Estres, qui les a tous faits, & à qui tous se doivent rapporter ? d’un eed04-06Estre souverainement parfait, qui est pur, qui n’a |340|ped03Point commencé & qui ne peut finir, dont nosed04, ed06ôtre ame est l’image, & mesmeed04-06ſi j’ose dire, une portion comme esprit, & comme immortelle.

❡ L’on doute de Dieu dans une pleine santé, comme l’on doute que ce soit pechered04, que d’avoir un commerce avec une personne libre** : quand l’on devient malade, & que l’hydropisie est formèed01, ed03, ed04, ed05, ed06 – ex2ée, l’on quitte sa concubine, & l’on croit en Dieu.

*

❡ Il faudroit s’éprouver & s’examiner tres-serieusement avant que de se declarer esprit fort ou libertin, afin au moins & selon ses principes de finir comme l’on a vêcu ; ou si l’on ne se sent pas la force d’aller si loin, se resoudre de vivre comme l’on veut mourir.

❡ Toute plaisanterie dans un homme mourant est hors de sa |341|place ; si elle roule sur de certains chapitres, elle est funeste. C’est une extrême misere que de donner à ses dépens à ceux que l’on laisse, le plaisir d’un bon mot.

❡ Il y a eu de tout temps de ces gens d’un bel esprit, & d’une agreable litterature ; esclaves des Grands dont ils ont épousé le libertinage & porté le joug toute leur vie contre leurs propres lumieresedNaN, ed05, ed06, & contre leur conscience :ed06. ced06Ces hommes n’ont jamais vêcu que pour d’autres hommes, & ils semblent les avoir regardez comme leur Dieu & leur derniere fin.ed04-06 : Ils ont eu honte de se sauver à leurs yeux, de paroised04ître tels qu’ils esed04étoient peut-êed01, ed03, ed05, ed06 – ex2eſtre dans le cœur, & ils se sont perdus par deed04-06éference ou par foiblesse. Y a-ted06-il donc sur la terre des Grands assez grands, & des Puissans |342|assez puissans pour meriter de nous que nous croyïons, & que nous vivions à leur gré, selon leur goused04-06ût & leurs caprices,ed04-06 ; & que nous poussions la complaisance plus loin, en mouranted06, non de la maniere qui est la plus seure pour nous, mais de celle qui leur plaist davantage,ed01, ed03, ed04, ed05, ed06 – ex2.

❡ J’exigerois de ceux qui vont contre le train commun & les grandes regles, qu’ils sceussent plus que les autres, qu’ils eussent des raisons claires, & de ces argumens qui emportent conviction.

❡ Je voudrois voir un homme sobre, moderé, chaste, équitable prononcer qu’il n’y a point de Dieu ; il parleroit du moins sans interest :ed04 ;ed05-06, mais cet homme ne se trouve point.

❡ J’aurois une extrême curiosité de voir celuy qui seroit |343|persuadé que Dieu n’est point ; il me diroit du moins la raison invincible qui a sçû le convaincre.

❡ L’impossibilité où je suis de prouver que Dieu n’est pas, me découvre son existence.

❡ Je sens qu’il y a un Dieu, & je ne sens pas qu’il n’y en ait point, cela me suffit, tout le raisonnement du monde m’est inutile ; je conclus que Dieu existe : cette conclusion est dans ma nature ; j’en ay reçû les principes trop aisément dans mon enfance, & je les ay conservez depuis trop naturellement dans un âge plus avancéed06, pour les soupçonner de fausseté : mais il y a des esprits qui se deed05-06éfont de ces principes ; c’est une grande question s’il s’en trouve de tels ; & quand il seroit ainsi, cela prouve seule|344|mented06, qu’il y a des monstres.

❡ L’atheisme n’est point : les Grands qui en sont le plus soupçonnezed04-06, sont trop paresseux pour deed04-05écider en leur esprit que Dieu n’est pas ; leur indolence va jusques ed04-06à les rendre froids & indifferens sur cet article si capital, comme sur la nature de leur ame, & sur les consequences d’une vrayed04-06ie Religion : ils ne nient ces choses, nyed04-06i ne les accordent :ed04-06; ils n’y pensent point.

❡ Les hommes sont-ils assez bons, assez fideles, assez équitablesed06, pour devoir y mettreed03-06meriter toute nosed04ôtre confiance, & ne pas ed03-06faire desirer du moins que Dieu existât, à qui nous pussioed03[supprimé]ns appeller de leurs jugemens, & avoir recours quand nous en sommes persecutez ou trahis.

❡ Si l’on nous assuroit que le |345|motif secret de l’Aed04-05ambassade des Siamois a esed04-06été d’exciter le Roy ted04-06Tres-Chrétien à renoncer au Christianisme ; à permettre l’entrée de son Royaume aux Talapoins, qui eussent penetré dans nos maisonsed05-06, pour persuader leur Religion à nos femmes, à nos enfansed05-06, & à nous-mêed06eſmes par leurs livres par &ed02-06& par leurs entretiens ; qui eussent élevé des Pagodes au milieu des ved04-06Villes, où ils eussent placé des figures de meed04-06étal pour y esed04être adorées ; avec quelles risées & quel étrange mépris n’entendrions-nous pas des choses si extravagantes ? Nous faisons cependant six mille lieuës de mer pour la conversion des Indes, des Royaumes de Siam, de la Chine & du Japon ; c’est ed06-à ed06-dire pour faire tres-serieusement à tous ces peuples des propositions qui doivent leur |346|paroised04-06ître tres-folles & tres-ridicules : ils supportent neanmoins nos Religieux & nos Presed04-06êtres, ils les écoutent quelquefois, leur laissent bâtir leurs Eglises, & faire leurs missions : qui fait cela en eux & en nous,ed04-06 ; ne seroit-ce point la force de la verité ?

❡ Il y a deux mondes :ed06; l’un où l’on sejourne peu, & dont l’on doit sortir pour n’y plus rentrer ; l’autre où l’on doit bied05îened04[supprimé]ed06-tosed04, ed06ôt entrer pour n’en jamais sortir : la faveur, l’autorité, les amis, la haute reputation, les grands biens servent pour le premier monde ; le mépris de toutes ces choses sert pour le second. Il s’agit de choisir.

❡ Qui a vêcu un seul jour a vêcu un siecle ;ed05-06, mesed04-05ême Soleil, mesed04-05ême terre, mesed04-05ême monde, mesed05êmes sensations ;ed06, rien ne ressemble mieux à aujourd’huy |347|que demain : il y auroit quelque curiosité à mourir,ed01 – ex2- c’est ed06-à ed06-dire à n’esed04être plus un corps, mais à esed04être seulement esprit :ed05-06. led05-06L’homme cependant impatient de la nouveauté n’est point curieux sur ce seul article ; né inquiet & qui s’ennuye de tout il ne s’ennuye point de vivre, il consentiroit peut-esed04être à vivre toûjours ;ed05-06: ce qu’il voit de la mort le frappe plus violemment que ce qu’il en sçait ;ed05-06, la maladie, la douleur, le cadavre le dégoûtent de la connoissance d’un autre monde  : il fauted06fait tout le serieux de la Religion pour le reduire.

❡ Si Dieu avoit donné le choix ou de mourir ou de toûjours vivre ;ed05-06: aprés avoir medité profondément ce que c’est que de ne voir nulle fin à la pauvreté, à la dépendance, à l’ennuy, à la maladie ; ou de n’essayer des richesses, de la grandeur, des plaisirs,ed04-06[supprimé] & de la santé que pour les voir changer inviolablement, & par la revolution des temps en leurs contraires, & esed04être ainsi le joüet des biens & des maux ;ed05-06, l’on ne sçauroit gueres à quoy se resoudre. La nature nous fixe, & nous osed04, ed06ôte l’embarras de choisir ; & la mort qu’elle nous rend necessaireed04-06, est encore adoucie par la Religion.

❡ La Religion est vrayed04-06ie, ou elle est fausse ; si elle n’est qu’une vaine fiction, voilà si l’on veut soixante années perduës pour l’homme de bien,ed06 pour le Chartreux,ed04-06[supprimé] ou le Solitaire ;ed05-06, ils ne courent pas un autre risque : mais si elle est fondée sur la verité mesed04ême ed05-06, c’est alors un épouventable malheur pour l’homme vicieux ; l’idée seule des maux qu’il se preed04-05épare me trou|349|ble l’imagination ; la pensée est trop foible pour les concevoir, & les paroles trop vaines pour les exprimer. Certes en supposant mesed04ême dans le monde moins de certitude qu’il ne s’en trouve en effet sur la verité de la Religion,ed04-06 ; il n’y a point pour l’homme un meilleur parti que la vertu.

❡ Je ne sçay si ceux qui osent nier Dieued04-06, meritent qu’on s’efforce de le leur prouved04uer, & qu’on les traite plus serieusement que l’on a fait dans ce chapitre :ed04-06; l’ignorance qui est leur caractere les rend incapables des principes les plus clairs & des raisonnemens les mieux suivis : je consens neanmoins qu’ils lisent celuy que je vais faire, pourvû qu’ils ne se persuadent pased05-06, que c’est tout ce que l’on pouvoit dire sur une verité si éclatante.

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Il y a quarante ans que je n’esed04-06étois point, & qu’il n’éed02-03eſtoit pas en moy de pouvoir jamais esed04-05être, comme il ne dépend pas de moy qui suis une fois de n’esed04-05être plus ; Jed04-06j’ay donc commencé, & je continuë d’êed02, ed03, ed06eſtre par quelque chose qui est hors de moy, qui durera aprés moy, qui est meilleur & plus puissant que moy : si ce quelque chose n’est pas Dieu, qu’on me dise ce que c’est.

Peut-esed04-05être que moy qui existe, n’existe ainsi que par la force d’une nature universelleed04-05, qui a toûjours esed04été telle que nous la voyons,ed06[supprimé] en remontant jusques à l’infinité des temps : mais cette nature ou elle est seulement esprit, & c’est Dieu ; ou elle est matiere, & ne peut par consequent avoir cred01 – ex2ée mon esprit ; ou elle est un composé de matiere & d’esprit : & alors ce |351|qui est esprit dans la nature, je l’appelle Dieu.

Peut-esed04être aussi que ce que j’appelle mon esprit, n’est qu’une portion de matiereed05, qui existe par la force d’une nature universelle qui est aussi matiere, qui a toûjours esed04, ed06été, & qui sera toûjours telle que nous la voyons, & qui n’est point Dieu : mais du moins faut-il m’accorder que ce que j’appelle mon esprit, quelque chose que ce puisse estre, est une chose qui pense, & que s’il est matiere, il est necessairement une matiere qui pense ; car l’on ne me persuadera pointed05-06, qu’il n’y ait pas en moy quelque chose qui pense, pendant que je fais ce raisonnement. Or ce quelque chose qui est en moy, & qui pense, s’il doit son esed04être & sa conservation à une nature universelleed04-06, qui a toûjours esed04été & qui sera |352|toûjours, laquelle il reconnoisse comme sa cause, il faut indispensablement que ce soit à une nature universelleed04-06, ou qui pense, ou qui soit plus noble & plus parfaite que ce qui pense ; & si cette natureed04matiere ainsi faite est matiere, l’on doit encore conclure que c’est une matiere universelle qui pense, ou qui est plus noble & plus parfaite que ce qui pense.

Je continuëed05-06e & je dis, cette matiere telle qu’elle vient d’êed05-06eſtre supposée, si elle n’est pas un esed04être chimerique, mais réel, n’est pas aussi imperceptible à tous les sens ; & si elle ne se découvre pas par elle-mesed04ême, on la connoised04-06ît du moins dans le divers arrangement de ses partiesed04-06, qui constituë les corps, & qui en fait la difference, elle est donc elle ed03-06-mesed04ême tous ces differens corps ; & comme el|353|le est une matiere qui pense selon la supposition, ou qui vaut mieux que ce qui pense, il s’ensuit qu’elle est telle du moins selon quelques-uns de ces corps, & par une suite necessaire selon tous ces corps ; c’est à dire qu’elle pense dans les pierres, dans les meed04-06étaux, dans les mers, dans la terre, dans moy-mesed04ême qui ne suis qu’un corps comme dans toutes les autres parties qui la composent : Ced04-06c’est donc à l’assemblage de ces parties si terrestres, si grossieres, si corporelles, qui toutes ensemble sont la matiere universelle,ed02-06[supprimé] ou ce monde visible que je dois ce quelque chose qui est en moy, & qui pense, & que j’appelle mon esprit ; ce qui est absurde.

Si au contraire cette nature universelle, quelque chose que ce puisse esed04être, ne peut pas esed04être |354|tous ces corps, nyed04i aucun de ces corps ; il suit de làed04delà qu’elle n’est point matiere, nyed04i perceptible par aucun des sens : sed04Si cependant elle pense, ou si elle est plus parfaite que ce qui pense, je conclus encore qu’elle est esprit, ou un estre meilleur & plus accomplied05y que ce qui est esprit :ed06, si d’ailleurs il ne reste plus à ce qui pense en moy, & que j’appelle mon esprit, que cette nature universelle à quied02-06laquelle il puisse remonter pour rencontrer sa premiere cause & son unique origine, parce qu’il ne trouve point son principe en soy, & qu’il le trouve encore moins dans la matiere, ainsi qu’il a esed04été déed01, ed03, ed06 – ex2emontré ; alors je ne dispute point des noms, mais cette source originaire de tout esprit, qui est esprit elle-mesed04ême, & qui est plus excellente que tout esprit ;ed02-03 :ed04-06, je l’appelle Dieu.

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En un mot je pense ; donc Dieu existe : car ce qui pense en moy, je ne le dois point à moy-mesed04ême ; parce qu’il n’a pas plus dépendu de moy de me le donner une premiere fois,ed01, ed03, ed06 – ex2[supprimé] qu’il dépend encore de moy de me le conserver un seul instant ;ed05-06: je ne le dois point à un esed04être qui soit au dessus de moy, & qui soit matiere, puis qu’il est impossible que la matiere soit au dessus de ce qui pense  ; je le dois donc à un estre qui est au dessus de moy, & qui n’est point matiere ; & c’est Dieu.

❡ De ce qu’une nature universelle qui pense exclut de soy generalement tout ce qui est matiere, il suit necessairemented05-06, qu’un estre particulier qui pense ne peut pas aussi admettre en soy la moindre matiere : Ced06car bien qu’un estre universel qui |356|pense renferme dans son idée infiniment plus de grandeur, de puissance, d’indépendance,ed04-06[supprimé] & de capacité qu’un estre particulier qui pense, il ne renferme pas neanmoins une plus grande exclusion de matiere ; puisque cette exclusion dans l’un & l’autre de ces deux êed05-06eſtres est aussi grande qu’elle peut esed04être & comme infinie ; & qu’il est autant impossible que ce qui pense en moy soit matiere, qu’il est inconcevable que Dieu soit matiereed03 ? : ainsi comme Dieu est esprit, mon ame aussi est esprit.

❡ Je ne sçayed06is point si le chien choisit, s’il se ressouvient, s’il affectionne, s’il craint, s ed01, ed03, ed04, ed05, ed06 – ex2il imagine, s’il pense :ed04; quand donc l’on me dit que toutes ces choses ne sont en luy nyed04-06i passions, nyed04-06i sentiment, mais l’effet naturel & necessaire de la disposition de sa machine preparée |357|par le divers arrangement des parties de la matiere, je puis au moins acquiescer à cette doctrine : mais je pense, & je suis certain que je pense ; or quelle proportion y a-ted05-06-il de tel ou de tel arrangement des parties de la matiere, c’est ed06-à ed06-dire d’une étenduë selon toutes ses dimensions, qui est longue, large,ed04-06[supprimé] & profonde, & qui est divisible dans tous ces sens, avec ce qui pense.

❡ Si tout est matiere, & si la pensée en moy comme dans tous les autres hommes n’est qu’un effet de l’arrangement des parties de la matiere,ed01, ed03, ed04, ed05, ed06 – ex2 ; Qed05-06qui a mis dans le monde toute autre idée que celle des choses materielles ?ed01, ed04 – ex2, la matiere a-ted05-06-elle dans son fond une idée aussi pure, aussi simple, aussi immaterielle qu’est celle de l’esprit ? comment peut-elle esed04être le principe |358| de ce qui la nie & l’exclut de son propre esed04être ? comment est-elle dans l’homme ce qui pense ? c’est ed06-à ed06-dire, ce qui est à l’homme mesed03-04ême une conviction qu’il n’est point matiere.

❡ Il y a des estres qui durent peu, parce qu’ils sont composez de choses tres-differentes, & qui se nuisent reciproquement : il y en a d’autres qui durent davantageed06, parce qu’ils sont plus simples, mais ils perissented05-06, parce qu’ils ne laissent pas d’avoir des parties selon lesquelles ils peuvent esed04être divisez.ed01 – ex2[supprimé] Ce qui pense en moied03-06y doit durer beaucoup, parce que c’est un estre pur, exempt de tout mélange & de toute composition ; & il n’y a pas de raison qu’il doive perir, car qui peut corrompre ou separer un estre simple, & qui n’a point de parties.

❡ L’ame voit la couleur par |359|l’organe de l’œil, & entend les seed02-06ons par l’organe de l’oreille ; mais elle peut cesser de voir ou d’entendre, quand ces sens ou ces objets luy manquent, sans que pour cela elle cesse d’esed04être, parce que l’ame n’est point précisément ce qui voit la couleur, ou ce qui entend les sons ; elle n’est que ce qui pense : or comment peut-elle cesser d’êed05-06eſtre telle ? ced05-06Ce n’est point par le defaut de l’organe, puis qu’il est prouvé qu’elle n’est point matiere ; nyed04-05i par le defaut d’objet, tant qu’il y aura un Dieu & des ed03-06éternelles veritez : elle est donc incorruptible.

❡ Je ne conçois point qu’une ame que Dieu a voulu remplir de l’idée de son estre infini, & souverainement parfait, doive esed04[supprimé]tre aneantie.

❡ Si l’on ne goûte point ces remarquesed04-06caracteres que j’ay écritesed05-06[supprimé], je m’en étonne  :ed02-04, & si on les goûte, je m’en étonne de mesed04ême.